Mémoire

Enfant, j’avais déjà cette conscience aigüe du temps qui s’écoule et emporte avec lui tranches de vie et de vue. Alors j’ouvrais grand les yeux pour m’imprégner à tout jamais d’un paysage ou d’un moment et le figer à tout jamais, me jurant de ne jamais l’oublier.

Des décennies plus tard, ces images effleurent parfois la surface de mon esprit.

Je me souviens de la cime d’un pin aperçue quelque part en Suisse et de mes poings serrés à l’arrière de la voiture familiale. Une odeur de gitane flottait.

Je me souviens des reflets horizontaux que faisait le soleil sur le lac Pontchartrain, un soir d’été en Louisiane. La peinture écaillée de la balustrade me griffait le bras et le vent me frôlait voluptueusement les jambes. J’étais pleine de désir et d’espoir.

Je me souviens d’une route plate et pâle qui défilait par la lucarne arrière d’une voiture quelque part sur les bords du Mississippi. Il était tard, le ciel était rose ou orange, il m’invitait à tout réinventer.

Quelques années plus tard, j’ai épousé l’homme qui conduisait cette voiture, comme pour que cette route se déroule infiniment. Il s’appelait Dane et il incarnait l’horizon de cet instant aperçu.

Depuis j’ai vieilli, j’ai changé de continent, divorcé et beaucoup oublié. Je n’ai plus peur du temps qui passe, ni des moments qui s’épuisent et des sentiments qui passent, mais ces images chargées de possible et de jeunesse flottent toujours quelque part dans l’espace ouvert et infini de mon esprit.

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