Did Not Finish

Alors voilà j’ai couru 50km des 90km du Raid du Morbihan. J’ai fait du mieux que je pouvais et ai arrêté avant de m’entamer la santé.

Je suis même assez fière de ce DNF (did not finish) – mon premier. Il y a quelques années, j’aurai sûrement déclaré avec force un “je n’abandonne jamais” et aurai certainement fini même dans un état d’épuisement total. Ceux qui me connaissent bien savent à quels extrêmes ma détermination peut me mener.

Seulement, maintenant, je suis un peu plus vieille et un tout petit peu plus sage. Je veux avant tout être une athlète saine et en forme. Je veux pouvoir profiter des sommets alpins cet été, je veux courir par amour et non par injonction égotique.

Je les ai pourtant bien vues mes tendances égotiques. Je me suis sentie plusieurs fois glisser vers une compétitivité agressive (“elle rêve si elle pense me doubler celle là”), mais ai réussi à en rire et à écarter ainsi l’inévitable état d’insatisfaction qui en découle.

Les premiers 20km étaient déjà très durs, la chaleur extrême et inhabituelle pour la Bretagne. Plus de 40 degrés entre 15h et 20h. Malgré toutes les précautions, j’ai eu droit à l’insolation, la déshydration, les nausées, les crampes et toute la panoplie. J’ai couru avec tout ça souvent dans un inconfort extrême. Beaucoup ont abandonné dès les ravito du 34eme (plus 40% au total). J’ai décidé d’aller jusqu’au 50eme. Mon allure était bien en dessous de mes longues sorties d’entraînement et la fatigue musculaire décuplée par les carences en fer.

Et malgré tout ça, j’ai adoré les paysages, j’ai eu des conversations hyper agréables avec des tas de gens supers, je n’ai aucune courbatures et j’ai eu tout de suite envie de revenir l’année prochaine.

Je suis étonnée de n’avoir aucun regret et suis pleine de nouveaux projets. Je vais commencer par récupérer un peu de fer et d’énergie, puis vais partir faire du fast packing dans les Alpes, dormir sous ma nouvelle tente extra-super-light au bord des lacs d’altitude, et emmener mon fiston faire son 1er 3000.

J’aspire à courir pour l’aventure et non pour me prouver quoi que ce soit. Mon état physique du moment, les conditions climatiques ont été, non pas un obstacle, mais une opportunité de reformuler cette aspiration. C’est une belle leçon ce DNF, pas un échec. Coach Megan m’a dit: je suis plus fière de ton DNF que si tu avais continué. Moi aussi.

Publicités

Courir et apprendre à être

Depuis 10 mois je fais partie de la SWAP team de David et Megan Roche – une équipe composée de grands noms de la course d’endurance et de gens comme moi, beaucoup plus lents, mais tous aussi passionnés par l’aventure sur deux pieds. Dans le petit monde du trail running international, David et Megan sont connus pour leur humour, leur sens de la communauté, leur enthousiasme et optimisme contagieux autant que pour leurs prouesses sportives et compétences en matière de coaching. Je ne peux pas quantifier ce que j’ai appris ces derniers mois mais j’aimerais partager ici quelques réflexions sur ce processus riche et profond. Etre coachée par Megan dépasse largement le simple plan d’entrainement ou le conseil sportif. Ma pratique sportive est  maintenant tissée à ma vie, et dans ce sens elle n’est pas bien différente de ma pratique spirituelle. Ce sont les mêmes questionnements, les mêmes ajustements et les mêmes qualités qui sont véhiculés et cultivés. Il n’y a pas de révélations spectaculaires dans ce processus, mais des éclairages plus marqués et des intuitions confirmées. En voici quelques-unes:

Aimer la solitude:

J’ai appris à aimer courir seule. La solitude du coureur de fond écrivait Allan Sollitoe, un livre que j’ai lu bien avant de m’intéresser aux sports d’endurance. Il y a dans ce titre beaucoup de l’attrait que représente la course à pied pour moi aujourd’hui. Je m’entraine seule et affectionne cette solitude. J’apprends à être un peu plus et un peu mieux avec moi-même. J’apprivoise l’inconfort de l’effort, les jeux de mon esprit et surtout l’espace qui m’entoure. Je coure parfois plusieurs heures, et comme le héros du livre, traverse de multiples espaces physiques et mentaux. Je découvre dans cette géographie des territoires inexplorés. La fluidité cohabite avec la douleur, la tristesse avec l’appréciation, la confiance avec le doute. J’explore ma capacité insoupçonnée à pouvoir traverser tous ces états d’esprit sans trop les figer ou leur donner raison.

18582360_10154840336681843_2729367445011382666_n.jpg

Se sentir soutenue, inconditionnellement:

J’ai appris l’importance de la communauté, même virtuelle. Car la relation est aussi au coeur de cette pratique solitaire. Avec Megan d’abord, qui quotidiennement me guide, et m’écoute surtout. Elle m’a tout de suite encouragée à écrire mes « life notes » dans mon journal d’entrainement autant que mes réflexions sur ma séance quotidienne. J’ai compris que je ne peux pas isoler mon entrainement de mes préoccupations du moment. Mon état d’esprit du jour affecte indéniablement ma course; c’est toute mon humanité qui coure avec moi. Et ce n’est pas un problème, j’apprends à courir triste, joyeuse et souvent inquiète. Courir, c’est être avec mon expérience du moment telle qu’elle est; très imparfaite et peu idéale mais vraie.

Il y a l’équipe aussi. Un tissu de relations incroyablement riches à qui on peut tout dire ou avouer et une source d’inspiration sans fin. On sait parler de nos doutes, de nos peurs la veille de course, de nos frustrations, de nos petites victoires et des joies de notre quotidien. On parle bien sûr de course, d’aventures et beaucoup de nature, mais aussi de naissances, de blessures, de boulot, de livres, de psychologie, de soutifs qui grattent, de bières et de burgers.  On partage nos playlists et nos podcasts préférés, et quand je cours je ne suis jamais vraiment seule. Je sais que quelque part sur cette planète un Swaper coure aussi, a peut-être du mal à trouver son souffle ou se sent voler sur les sentiers.

Il y a un lien tacite entre nous tous, celui de la passion pour la course et la nature, nous n’avons pas besoin de nous expliquer ou nous justifier.  Pour moi c’est très précieux car je vis dans un environnement où on me demande souvent « mais pourquoi tu cours? » comme si c’était une maladie ou une lubie, on met en garde contre les dangers pour la santé, ou on m’invite à une modération que j’ai toujours trouvé ennuyeuse.

Faire des compétitions une célébration:

J’ai appris à envisager la compétition différemment. Je n’ai que très rarement l’impression de m’entrainer pour une course précise. Je ne cours avant tout parce que j’aime être dans la nature, et que courir longtemps est à chaque fois une petite aventure. La compétition quand elle vient, n’est pas l’échéance finale, mais une sorte de célébration de tous les autres moments passés sur les sentiers. Bien sûr, mes séances sont structurées, et mon volume global adapté aux objectifs à venir mais c’est bien plus le processus qui compte et qui m’inspire. J’ai adoré la suggestion de Megan quand je ne trouvais pas de compétition officielle qui coïncidait avec mes envies et mon calendrier. « Crée ta propre course » m’a-t-elle dit. Et c’est ce que j’ai fait. Je me suis inventée une sorte d’anti course, sans dossard, ravitaillement, supporters et médaille à l’arrivée. J’ai choisi de faire le tour de la Sainte Victoire, la montagne locale que j’aime tant et que je sillonne quasi quotidiennement. C’était merveilleux de partir seule au lever du jour dans ces paysages si spectaculaires. C’était aussi très dur de sortir des moments difficiles qui arrivent inévitablement quand le corps fait mal. C’était somme toute passionnant, un voyage dans les méandres de ma psychologie: voir les doutes surgir, les sentir être confirmés par les douleurs physiques et trouver le courage de ne pas y croire, revenir au sentiment du possible qui est toujours là quelque part. Et personne pour me guider là dedans. Ca donne incroyablement confiance de traverser les doutes de cette façon. Un condensé de vie en une matinée.

Explorer!

J’ai ré-appris à explorer. Ces derniers mois j’ai retrouvé mes envies d’enfant d’aller explorer la campagne; ce que je faisais jour après jour dans mon sud ouest natal.  J’adore les cartes et je passe des heures à planifier des sorties dans des lieux que je ne connais pas ou peu. Quand je pars courir, je me dis rarement, allez il faut y aller, mais plutôt, chouette, qu’est ce que je vais découvrir aujourd’hui. J’ai envie d’aller plus loin maintenant, j’ai des envies de fastpacking dans les Alpes et ailleurs. Moi et ma tente, par les sommets et les vallées. Planifier tout cela m’amuse autant que l’aventure elle-même. Les parcours, les durées d’étape et aussi tout le matériel avec un goût pour le plus simple et léger possible.

13935069_10153993136831843_7742940872176141449_n.jpg

Courir c’est toujours un peu une aventure. Les conditions sont rarement idéales, trop chaud, trop froid, trop de vent, de pluie et même trop de neige cet hiver. Le moment est rarement propice, trop fatiguée, trop de boulot, trop d’inquiétudes, trop de ceci et de cela. Mais le moment de courir quand on l’aime, arrive toujours. Il s’invite dans la journée, il est parfois agréable, parfois pas du tout, mais il est là toujours, ce temps avec soi, ce temps à la fois dans son corps et dans le monde. J’ai appris à m’exposer à tous les éléments et à les apprécier. J’aime courir sous la pluie, dans le froid ou dans le vent. J’apprivoise plus difficilement la chaleur mais elle me fait moins peur.

 

22853157_10155313897161843_6705518211421446804_n.jpg

 

Nofucksgiving

J’ai appris aussi et surtout à ne pas prendre tout cela (et moi même) au sérieux. Courir est une partie énorme de ma vie mais c’est surtout un jeu. Les enfants le savent si bien. C’est terriblement amusant de sauter de rocher en rocher dans la montagne, de dévaler les pentes en faisant des bruits d’avion, de faire pipi derrière les buissons et de se vautrer dans l’herbe en fin de sortie. A bientôt 48 ans, je rentre à la maison comme quand j’en avais 5, pleine d’égratignures et de boue, de la terre dans les chaussures, totalement affamée et imprégnée de mes aventures de la journée.

13958235_10153989969906843_1417951188367219056_o.jpg

 

 

 

 

 

 

Aventure de fin de journée

Je vais faire le nettoyage annuel (oui je sais c’est crade) de mon anti-voiture (aucune option du tout, moteur de mobylette, confort de char russe) au Casino Géant. Occurence toute aussi rare car je mets un point d’honneur à fuir la grande distribution.

Je laisse donc ma voiture au gentil monsieur qui lave tout une fois par an, il me dit que dans l’état où elle est, il en a bien pour une heure et demie et que ben c’est pas tout à fait gratuit. Mais je suis déterminée à accomplir ma mission annuelle et j’ai tout prévu: deux paquets de copies de Master bien denses à corriger et même un sac de course si je trouve le courage de m’engager dans le dédale de ce grand temple de la consommation. Je me parque donc au Columbus café dans la galerie marchande néonisée et je corrige, je corrige. Je brave mes interdits et vais même acheter un presse agrumes et des sushis.

Je suis fière de tant de choses accomplies dans un lieu si impropice à l’efficacité et retourne récupérer mon carrosse tout nettoyé. La voiture est rutilante de propreté mais ne démarre plus. Plus rien. Multiples essais, diagnotics divers donnés par le-gentil-monsieur-qui-lave-ma-voiture-une-fois-par-an, une dame assortie à son chiwawa et l’agent de sécurité qui sillonne le parking en roue arrière sur son scooter. Rien. La voiture toussote, fait mine de, mais résiste.

J’appelle donc ces entités abstraites, aux numéros plein de zéros et de cinq qui savent quoi faire dans ces cas là: assurance – non madame, vous n’avez pas d’assurance dépannage – garagiste habituel – non madame je n’ai pas de quoi vous dépanner – et finalement Renault Assistance où une voix salvatrice et polie m’informe qu’une dépanneuse arrivera à 18h16. Oui, 18h16. Je m’émerveille de tout ce réseau de services si habile et prêt à intervenir dans les tréfonds du monde capitaliste.

J’attends dans ma voiture, à l’abri du mistral, observe avec curiosité les usagers du Casino Géant, le temps passe et je m’ennuie assez peu. A 18H16, la dépanneuse magique n’ayant pas fait son apparition, je l’appelle et demande poliment si on sait où me trouver. Oui, oui Madame mais je suis à Saint Maximin et j’en ai encore pour une demie heure. Qu’est ce qu’elle a votre voiture? Qu’est ce qu’elle fait quand vous mettez le contact? Mon vocabulaire de description des bruits de moteur étant assez nul voire inexistant, je lui dis: ben, écoutez, je vais essayer de démarrer et vous allez entendre (elle n’est pas silencieuse ma voiture, c’était aussi en option). Et là, la voiture démarre. Comme ça. Sans rien faire que de parler au monsieur qui conduit la dépanneuse, elle démarre!

Je me dis que notre monde est incroyable. Que certaines voitures sont capables de se rebeller devant trop de propreté, que certains mécanos réparent à distance, que les numéros plein de zéros ont des pouvoirs d’intervention quasi divine.

Mais les copies, elles, ne se corrigent pas toutes seules.

Wrong turn

Yesterday I took a wrong turn. I had run 26k in the snow and icy rain on rugged trails above the Mediterranean and had 4 more to go for the win in my age group.

23621690_10155366847621843_154689412840309731_n.jpg

Now that the disappointment and irritation is waning, I can’t help but think that there is something there besides the literal wrong turn. Was that wrong turn telling me to stop chasing a form of self approval? Was it just reminding me that in running, as in everything, it is the process that counts? Was it pointing at the competitiveness and a form of arrogance/doubt (same coin) that unadmittedly is often driving me forward?

I was in for some type of win or rather form of confirmation and was stopped short; I had to let go of any hope of actual result and just retrace my steps, find the route and finish just for the sake of it, in pouring rain, my shoes filled with a sticky mixture of mud and ice. I had to let go and breathe through the suck. And it really sucked.

The question that keeps arising now is about expectation and motivation. In running and other things. I am well aware that expectations inevitably lead to disappointments and take me away from the freshness of the present moment; they prevent me from seeing other possibilities and from enjoying the process because I am so full of hope of achieving that one specific thing. I see it all the time.

But then, expecting to race well also motivated me run faster and push harder. I find that it is not so much expectations that are the problem but my inability to let go of them when they are not fulfilled.

The funny thing is that I technically did not take a wrong turn yesterday, I actually went right ahead, straight down the mountain instead of turning right. I was making a straight line for that sense of confidence, strength and joy that a win or a good race seemed to promise. And that just did not come. I had to find other things to appreciate. And I did. Before the wrong turn, the race had been hard but magical. Super narrow single tracks covered with snow, long downhills where I felt I could fly, an overall sense of possibility that had nothing to do with winning or losing. I just had to remember that.

My mother, who could not care less about running and racing, said that what mattered most in my wrong turn story was honor. It got me thinking about the word. I would never have used it in a situation like that one, but yes, I felt a true sense of honor after I made up my mind not to DNF and just find my way to the finish no matter how long it took.

La rentrée

Cette rentrée a une saveur différente. Un parfum d'été qui languirait un peu plus longtemps et se fondrait à la texture de l'automne que je vois pourtant déjà poindre dans la fraîcheur du matin.

J'ai un sentiment de liberté plus présent, plus palpable. Une liberté primordiale, inconditionnelle, liée non pas aux circonstances de ma vie mais à mon humanité. En ce mois de septembre, je n'ai pas échafaudé, comme pour les autres rentrées de ma vie, une organisation complexe et solide visant à assouvir mon agitation et mon désir de faire.

Au contraire, j'ai défait, presque détricoté les mailles serrées d'un quotidien chargé, parfois saturé. J'apprends à dire doucement mais fermement non à de multiples propositions et et ai maintenant l'intime conviction que ce ne sont pas des opportunités ratées mais des instants retrouvés. Je trouve dans ce présent maintenant disponible une immense douceur. Une sorte de laisser être qui ne relève pas de la paresse mais au contraire du courage; le courage de se tenir là au bord du maintenant sans lui donner de direction ni de contenu.

Souvent une peur familière pointe son nez; peur de l'inconnu, peur que ça déraille et chute dans le vide, cette peur existentielle qui nous attache à des semblants de vérités et de fonctionnements. Je la connais bien, elle se déguise chez moi en sens du devoir et de la responsabilité et s'affiche comment une série de "il faut…" et un sentiment de ne pas avoir le choix.

Mais c'est justement ça qui est bien plus présent dans mon expérience en ce mois de septembre: j'ai le choix, un choix immense, le choix d'être vraiment et pleinement si j'ose m'ouvrir à l'espace du maintenant.

C'est ma 42eme rentrée, j'ai mes nouveaux cahiers et ai taillé mon crayon préféré. J'ai vieilli, pas mal vieilli, n'ai vraiment pas tout compris mais ai le sentiment de m'être un peu assagie.

Mais pourquoi tu fais tout ça?

Je suis une saltimbanque des temps modernes, je jongle vie familiale avec deux métiers, une pratique spirituelle quotidienne, des entraînements sportifs intenses, une passion pour la lecture, des responsabilités associatives, des relations amicales nombreuses et d'autres choses encore.

On peut appeler ça comme on veut: enthousiasme pour la vie, énergie débordante, caractère passionné ou agitation, remplissage, secouée du bocal. Et j'avoue que c'est toujours un peu de ces deux aspects qui se jouent dans mon hyper activité; elle est une expression à la fois de ma nature éveillée et de ma névrose exposée.

C'est bien un enthousiasme pour la vie qui m'habite et se traduit en initiatives diverses et en idées multiples. Mais c'est aussi ce même élan qui me pousse sans cesse à faire plus, rajouter, essayer encore et me laisse parfois saturée ou même épuisée.

Je vois bien l'ironie; pratiquante et enseignante bouddhiste de la voie du milieu, je ne cesse de la traverser de part en part. Je comprends pourtant les bienfaits de la modération, du juste milieu, de l'équilibre. Mais je ne peux m'empêcher de trouver ça un peu ennuyeux la modération. Pourquoi faire? Pourquoi courir 10km quand on peut en courir 30? Pourquoi apprendre une chose alors qu'il y a tout un monde à explorer?

Ca, ce sont les réponses un peu toutes faites que j'offre à la question: "mais pourquoi tu fais tout ça?". Des réponses un peu fabriquées par lesquelles je justifie mes tendances habituelles, toutes ces façons que j'ai de me bâtir un moi solide et permanent où m'abriter les jours où ça souffle trop.

Car avec un peu d'honnêteté et beaucoup de pratique de méditation je sais que derrière toutes mes acrobaties verbales et littérales, il y a de l'espace, celui de ma propre sagesse où tout est à inventer.

Cet été, mon corps et mon esprit ne veulent plus entrer dans le cirque et virevolter de ça et de là, toujours un peu plus haut et un peu plus fort. Mon corps résiste, déclare sa fatigue et se languit de repos à l'ombre des platanes. Mon esprit se rebelle et ne répond plus aux injonctions de productivité. Il aspire à l'espace ouvert de la méditation et à redécouvrir par là sa sagesse inhérente.

Cet été je nage à contre courant; alors que le monde s'agite et perd sa santé dans sa course folle, je m'assois au cœur du temps et laisse l'instant s'ouvrir. J'ai un peu peur mais j'ai l'intime conviction que c'est bien là que réside la véritable liberté d'être.

Le temps, un soir d’été.

Depuis que je suis enfant j'ai cette conscience aigüe du temps qui passe et de la vie qui se dérobe un peu plus à chaque instant. Petite, dans notre grande maison du Périgord, je ne voulais pas aller dormir à la nuit tombée; je voulais vivre un peu plus et j'avais l'intuition avant l'heure, que dormir c'était mourir un peu.

Je voulais pénétrer le temps des adultes qui restaient à parler d'art et de littérature tard dans la nuit dans le grand salon qui surplombait le champ de blé. Alors, dans ma chambre au bout du long couloir, je lisais jusqu'à des heures tardives. J'étais aussi fascinée par cet autre temps, celui de la lecture et de ses mondes, une temporalité que la mort ne pouvait menacer. Nous habitions à la campagne, nous n'avions ni télé ni téléphone, notre vie était rythmée par le champ du coq de la ferme voisine et aussi celui de la lecture qui était le passe temps familial.  Je lisais si tard le soir que ma mère dévissait parfois l'ampoule de ma lampe de chevet pour que je pose enfin mon livre et accepte de laisser le sommeil venir.

Quand je pense à mon enfance et à sa temporalité, je pense à Du coté de chez Swann que j'ai lu pour la première fois à 7 ou 8 ans dans cette chambre au bout du long couloir.  Je me souviens avoir ressenti une sorte de familiarité, d'intimité même avec l'ambiance proustienne, ses grandes maisons,  ses odeurs de campagne, le désir au gout de fleurs d'acacias.  Enfant, j'avais déjà la nostalgie d'une vie non encore vraiment vécue.

Tout cela est bien loin maintenant, il ne reste

de ce temps qu'une texture fanée et des images tronquées, et depuis j'ai vécu des vies. Mais à la nuit tombée, surtout les soirs d'été, j'écoute avidement les sons du monde qui montent jusqu'à ma fenêtre ouverte, et je suis à nouveau cette enfant au fond du long couloir avide d'une existence qui embrasse totalement la richesse de l'instant.

Pourquoi je suis « aspiring vegan »

Il n’y a pas si longtemps que ça, je n’imaginais pas les dégâts causés par l’agriculture animale, ou j’en avais une idée assez vague. J’associais ces discours à des extrémistes du veganisme ou à une tendance New Agy adoptée par les bobos californiens; je trouvais ça rigolo et inoffensif mais me sentais relativement distante.

Puis, mon attitude a changé, mes perspectives se sont ouvertes et ma compréhension des enjeux environnementaux affinée. Car c’est bien de ça dont il s’agit, j’aspire à être vegan avant tout par préoccupation environnementale et parce qu’il me semble incohérent d’aimer la nature, le monde et l’humanité tout en contribuant activement à leur destruction. Je ne peux pas à la fois pratiquer le bouddhisme, souhaiter à tous les êtres sensibles  la cessation de la souffrance tout en participant, par mon comportement de consommatrice, à la pollution des océans, la déforestation massive et sauvage, à la disparition de milliers d’espèces animales, à l’augmentation de la pauvreté dans des pays qui n’ont déjà rien, à la mauvaise santé globale de notre humanité et à la pollution atmosphérique. Et je ne peux pas décemment élever mon fils en faisant semblant que je ne suis pas au courant, en prétendant que bouffer un burger n’a aucune conséquence et en ignorant l’interdépendance de tout.

Je ne veux pas convaincre sur ma simple parole mais implorer, chacun d’entre nous, de simplement s’informer, considérer si en son âme et conscience on peut vraiment faire passer la satisfaction de nos papilles gustatives avant le bien être de tous.

Quelques chiffres, qui m’ont fait vraiment réfléchir, et qui sont tirés d’un rapport des Nations Unies et de divers ouvrages et documentaires, dont l’excellent Cowspiracy.

  • L’agriculture animale est responsable de 51% des émissions de gaz à effet de serre; les transports, tous combinés, seulement 13%. En étant végétalien, vous réduisez de 50% votre empreinte carbone.
  • L’agriculture animale est responsable de 91% de la destruction de la forêt amazonienne.
  • Un seul burger nécessite 3000 litres d’eau, c’est à dire deux mois de douches.
  • Bouffer un burger c’est comme faire 1600km en voiture.
  • L’industrie des laitages et la viande consomme 1/3 des réserves d’eau douce de la planète.
  • L’agriculture animale est la première cause de disparition des espèces, de destruction de l’habitat et de pollution des eaux de notre planète.
  • Le bétail couvre 45% de la surface de notre globe, cause majeure de la désertification.
  • 14 % des décès dans le monde pourraient être évités si la population ne consommait pas de produits animaux.

En bref, pour nourrir le bétail, il faut des céréales qui demandent de la terre, ce qui pousse à la déforestation et à l’extinction d’espèces, ce qui occupe des sols dans des pays dont les habitants ne peuvent ni manger ce qui est produit (puisque c’est destiné au bétail) ni voir les bénéfices financiers (puisque tout est contrôlé par des multinationales); les déchets produits par les animaux s’écoulent jusqu’aux rivières et océans et polluent également considérablement l’atmosphère, etc… Vous voyez la chaine de cause à effet.

Il y a, me semble-t-il, énormément d’idées fausses à propos de l’alimentation humaine et du besoin de protéines animales; beaucoup de ces idées sont perpétuées par l’industrie agro alimentaire qui a bien sûr tout à perdre. Ma propre expérience m’a appris qu’on peut tout à fait se passer de produits animaux dans l’alimentation et être en parfaite santé. Je fais du sport d’endurance, de très longue endurance même, m’entraine jusqu’à 20 heures par semaine sans apport animal.  Je ne suis pas la seule, les exemples sont très nombreux dans le milieu sportif. On ne sait aussi souvent pas que les « chasseurs cueilleurs » étaient surtout cueilleurs, qu’ils ne trouvaient pas la viande comme nous au supermarché et qu’elle constituait donc une toute petite partie de leur alimentation. On pense aussi souvent que cuisiner Vegan est compliqué; je ne sais toujours pas faire la cuisine à ce jour, je mange très simplement, des choses très variées, même en hiver, en consommant de préférence localement et bio. Mon fils se plaint un peu parfois, mais globalement, il a compris que chacun de nos actes a des conséquences et que être humain c’est aussi avoir une responsabilité envers le monde. Et il est lui aussi en bonne santé.

Je ne suis pas une intégriste du vegan, je fais des exceptions, quand je suis invitée par exemple, par respect pour mes hôtes, au restaurant parfois aussi; mais mon fils et moi avons pris ensemble la décision que les produits animaux ne rentreraient pas dans la maison, et que quand on en consomme, et bien on ne pense pas que ça va de soi, on pense aux conséquences de cet acte sur les autres, de façon à ce  que ne ça soit pas un geste banalisé et irréfléchi.

Pour finir, au delà même des répercussions environnementales et humaines, je trouve qu’il y a quelque chose de barbare à manger des êtres sensibles, des êtres qui sont capables comme nous de ressentir la douleur. Marguerite Yourcenar disait: « je ne vois pas comment je pourrais digérer l’agonie ». Moi non plus.

 

 

 

Trail de Haute Provence

I don’t really know where my love of the mountains comes from. There were the countless summers spent in the Swiss Alps with my parents when I was a kid, the couple of years I was in love with a mountain guide and tagged along pretty much everywhere with him, and all the other times when I hiked for hours or days in the spectacular French Alps.

10714152_10152540036036843_3431138727370748917_o

Yesterday, I ran my first 50k. It was almost in my back yard, in the mountains from the Haute Provence where my mother lives but that I arrogantly never really viewed as mountainous. Don’t get me wrong, the scenery is picture perfect with the lavender fields, the olive trees, the old oaks against a backdrop of clear blue sky. But here, we call it « la montagnette », a somewhat derogatory term which implies that it is on the smallish side.

I wasn’t really prepared for the race and almost did not show up. But I am glad I did. Because it felt wonderful to be part of that endless space again. Getting to the top of a mountain does that to you, it makes you want to laugh with pure joy, bow with awe and cry with tenderness.  The climb up had been long and hard, I  had kept a steady rhythmical pace for that first steep 20km, listening to my breath and the sound of my poles hitting the ground.

Then I hit the downhill, my legs already tired but my body still strong and craving the embrace of space. Running downhill is really like letting yourself go into air, not fearing it, not holding back, leaning your body right into it but with complete mindfulness and discipline. Such a beautiful echo of my meditation practice and my life really. Surrendering  to the groundlessness of all and still being held by the earth and welcomed by space.

13260263_10153792882286843_396415757797341396_n

I am not a good mountain runner, at 45 I am barely beginning to understand the resilience, patience and technical skills that it requires. But I love it, I love that I can be humble and just run for the sake of it, be satisfied with whatever place I make. I hadn’t felt that true contentment with my athletic endeavors in a long time, always somewhat unconsciously striving to be faster and better. Yesterday, the « montagnette » made my heart sing, my legs scream and my mind swell with pride regardless of my pace.


Link to the official Trail de Haute Provence video (beautifully made)

 

 

 

 

Hier j’ai fait du vélo … et du yoga

Hier j’ai fait du vélo, beaucoup de vélo. 133km avec un fort mistral. C’était dur, très dur, et pourtant c’est une expérience réussie qui me laisse pleine de l’énergie du possible et de passion pour la vie.

Comme quoi la réussite sportive n’est pas forcément liée à la rapidité et au classement.

Mais pour ça il faut accepter la lenteur. Bon d’accord une lenteur toute relative mais une lenteur quand même. Non pas que je n’ai pas eu le choix, j’aurai pu honnêtement aller un (tout petit peu) plus vite, me « faire violence » comme on dit dans le milieu. Mais là, pour le coup, ma relative lenteur était un choix délibéré.

Je m’étais dit: tu vas cultiver l’effort juste, une sorte de voie du milieu sportive et tenter de vivre ta pratique sportive comme ta pratique bouddhiste, avec honnêteté, authenticité et sans agressivité. J’étais assez fière de ma trouvaille. Bien que ce ne soit pas tout à fait une trouvaille, bien d’autres y ont pensé avant moi, mais c’est une conclusion à laquelle j’étais arrivée il y a à peu près deux mois suite à une blessure et un arrêt assez long de l’entrainement.

Parce qu’il est si facile de perdre de vue, le pourquoi du sport; un peu comme si on continuait mécaniquement à chanter la même chanson en ayant oublié pourquoi l’air nous avait tant séduit au début. Je ne cours pas pour gagner, vraiment pas, même si comme tout sportif, il y a en moi quelque chose de compétitif aussi. Je cours parce que j’aime ça,  parce que cela me donne un sentiment de confiance, de possibilité humaine au delà de tout trip égotique. Je cours parce que je suis amoureuse de la nature qui m’entoure, je cours pour sentir les éléments, pour sentir la force et aussi la fragilité de mon corps, je cours parce que la vie est courte et j’ai envie de la goûter à plein poumons.

Et dimanche, sur mon vélo face au mistral, je me suis efforcée sans cesse de trouver cet équilibre entre force et relâchement qui permet de s’installer dans un effort long sans constamment lutter pour s’accrocher et pour « tenir ». Je n’avais pas du tout envie de « tenir », j’avais envie tout juste d’être. Et ça n’a pas été facile.  J’ai été tentée, à de multiples reprises, de me « pousser » pour aller un peu plus vite, et le contraire aussi, de ralentir parce que ma tête me disait que c’était bien trop dur.

S’écouter sans complaisance, se forcer sans violence, cultiver ahimsa dans tous les petits coins et recoins de ma vie. Ne pas faire de ma pratique spirituelle une activité de plus, mais  une attitude générale dans la vie, une trame de fond qui tisse tout. Un tantra. M’exposer toujours à être pleinement, justement, authentiquement.

A l’arrivée, j’étais heureuse et honteuse à la fois. Honteuse d’être dans les derniers arrivants, et je me suis bien un moment cherchée des excuses (sous entrainement, reprise après blessure, douleurs, etc…), mais heureuse d’être tout simplement là, d’avoir senti mon corps fatigué mais vivant jusqu’au bout, d’avoir mangé du pollen, d’avoir pédalé seule longtemps face au vent sans même jeter un oeil sur mon compteur. J’étais et suis encore aujourd’hui pleine d’appréciation envers  mes possibilités, envers ce corps et cet esprit qui ont réussi à écouter mon coeur.

J’ai tellement aimé aussi les sourires satisfaits de mes amis à l’arrivée, cette cohésion et connivence qui vient que nos corps et nos coeurs aient travers le même effort, les mêmes doutes et les mêmes satisfactions chacun à sa vitesse ou à sa lenteur.

Je me demande maintenant ce qu’un « gros mental » est vraiment: une telle auto agressivité qu’on est capable de nier toute une partie de soi pour voir son nom un peu plus  haut dans la liste; ou une justesse d’esprit qui nous accueille dans ce qu’on est là et maintenant, aussi lent soit-on?

Ma journée d’hier était basée sur un choix mental adapté à un ressenti physique, et quand les deux fonctionnent ensemble c’est du yoga: un sentiment que quelque chose est juste, honnête et que j’ai donné, non pas le maximum, mais le meilleur de moi.

Je vieillis, je ralentis mais peut être aussi que je gagne en sagesse.