La rentrée

Cette rentrée a une saveur différente. Un parfum d'été qui languirait un peu plus longtemps et se fondrait à la texture de l'automne que je vois pourtant déjà poindre dans la fraîcheur du matin.

J'ai un sentiment de liberté plus présent, plus palpable. Une liberté primordiale, inconditionnelle, liée non pas aux circonstances de ma vie mais à mon humanité. En ce mois de septembre, je n'ai pas échafaudé, comme pour les autres rentrées de ma vie, une organisation complexe et solide visant à assouvir mon agitation et mon désir de faire.

Au contraire, j'ai défait, presque détricoté les mailles serrées d'un quotidien chargé, parfois saturé. J'apprends à dire doucement mais fermement non à de multiples propositions et et ai maintenant l'intime conviction que ce ne sont pas des opportunités ratées mais des instants retrouvés. Je trouve dans ce présent maintenant disponible une immense douceur. Une sorte de laisser être qui ne relève pas de la paresse mais au contraire du courage; le courage de se tenir là au bord du maintenant sans lui donner de direction ni de contenu.

Souvent une peur familière pointe son nez; peur de l'inconnu, peur que ça déraille et chute dans le vide, cette peur existentielle qui nous attache à des semblants de vérités et de fonctionnements. Je la connais bien, elle se déguise chez moi en sens du devoir et de la responsabilité et s'affiche comment une série de "il faut…" et un sentiment de ne pas avoir le choix.

Mais c'est justement ça qui est bien plus présent dans mon expérience en ce mois de septembre: j'ai le choix, un choix immense, le choix d'être vraiment et pleinement si j'ose m'ouvrir à l'espace du maintenant.

C'est ma 42eme rentrée, j'ai mes nouveaux cahiers et ai taillé mon crayon préféré. J'ai vieilli, pas mal vieilli, n'ai vraiment pas tout compris mais ai le sentiment de m'être un peu assagie.

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Mais pourquoi tu fais tout ça?

Je suis une saltimbanque des temps modernes, je jongle vie familiale avec deux métiers, une pratique spirituelle quotidienne, des entraînements sportifs intenses, une passion pour la lecture, des responsabilités associatives, des relations amicales nombreuses et d'autres choses encore.

On peut appeler ça comme on veut: enthousiasme pour la vie, énergie débordante, caractère passionné ou agitation, remplissage, secouée du bocal. Et j'avoue que c'est toujours un peu de ces deux aspects qui se jouent dans mon hyper activité; elle est une expression à la fois de ma nature éveillée et de ma névrose exposée.

C'est bien un enthousiasme pour la vie qui m'habite et se traduit en initiatives diverses et en idées multiples. Mais c'est aussi ce même élan qui me pousse sans cesse à faire plus, rajouter, essayer encore et me laisse parfois saturée ou même épuisée.

Je vois bien l'ironie; pratiquante et enseignante bouddhiste de la voie du milieu, je ne cesse de la traverser de part en part. Je comprends pourtant les bienfaits de la modération, du juste milieu, de l'équilibre. Mais je ne peux m'empêcher de trouver ça un peu ennuyeux la modération. Pourquoi faire? Pourquoi courir 10km quand on peut en courir 30? Pourquoi apprendre une chose alors qu'il y a tout un monde à explorer?

Ca, ce sont les réponses un peu toutes faites que j'offre à la question: "mais pourquoi tu fais tout ça?". Des réponses un peu fabriquées par lesquelles je justifie mes tendances habituelles, toutes ces façons que j'ai de me bâtir un moi solide et permanent où m'abriter les jours où ça souffle trop.

Car avec un peu d'honnêteté et beaucoup de pratique de méditation je sais que derrière toutes mes acrobaties verbales et littérales, il y a de l'espace, celui de ma propre sagesse où tout est à inventer.

Cet été, mon corps et mon esprit ne veulent plus entrer dans le cirque et virevolter de ça et de là, toujours un peu plus haut et un peu plus fort. Mon corps résiste, déclare sa fatigue et se languit de repos à l'ombre des platanes. Mon esprit se rebelle et ne répond plus aux injonctions de productivité. Il aspire à l'espace ouvert de la méditation et à redécouvrir par là sa sagesse inhérente.

Cet été je nage à contre courant; alors que le monde s'agite et perd sa santé dans sa course folle, je m'assois au cœur du temps et laisse l'instant s'ouvrir. J'ai un peu peur mais j'ai l'intime conviction que c'est bien là que réside la véritable liberté d'être.

Le temps, un soir d’été.

Depuis que je suis enfant j'ai cette conscience aigüe du temps qui passe et de la vie qui se dérobe un peu plus à chaque instant. Petite, dans notre grande maison du Périgord, je ne voulais pas aller dormir à la nuit tombée; je voulais vivre un peu plus et j'avais l'intuition avant l'heure, que dormir c'était mourir un peu.

Je voulais pénétrer le temps des adultes qui restaient à parler d'art et de littérature tard dans la nuit dans le grand salon qui surplombait le champ de blé. Alors, dans ma chambre au bout du long couloir, je lisais jusqu'à des heures tardives. J'étais aussi fascinée par cet autre temps, celui de la lecture et de ses mondes, une temporalité que la mort ne pouvait menacer. Nous habitions à la campagne, nous n'avions ni télé ni téléphone, notre vie était rythmée par le champ du coq de la ferme voisine et aussi celui de la lecture qui était le passe temps familial.  Je lisais si tard le soir que ma mère dévissait parfois l'ampoule de ma lampe de chevet pour que je pose enfin mon livre et accepte de laisser le sommeil venir.

Quand je pense à mon enfance et à sa temporalité, je pense à Du coté de chez Swann que j'ai lu pour la première fois à 7 ou 8 ans dans cette chambre au bout du long couloir.  Je me souviens avoir ressenti une sorte de familiarité, d'intimité même avec l'ambiance proustienne, ses grandes maisons,  ses odeurs de campagne, le désir au gout de fleurs d'acacias.  Enfant, j'avais déjà la nostalgie d'une vie non encore vraiment vécue.

Tout cela est bien loin maintenant, il ne reste

de ce temps qu'une texture fanée et des images tronquées, et depuis j'ai vécu des vies. Mais à la nuit tombée, surtout les soirs d'été, j'écoute avidement les sons du monde qui montent jusqu'à ma fenêtre ouverte, et je suis à nouveau cette enfant au fond du long couloir avide d'une existence qui embrasse totalement la richesse de l'instant.

Pourquoi je suis « aspiring vegan »

Il n’y a pas si longtemps que ça, je n’imaginais pas les dégâts causés par l’agriculture animale, ou j’en avais une idée assez vague. J’associais ces discours à des extrémistes du veganisme ou à une tendance New Agy adoptée par les bobos californiens; je trouvais ça rigolo et inoffensif mais me sentais relativement distante.

Puis, mon attitude a changé, mes perspectives se sont ouvertes et ma compréhension des enjeux environnementaux affinée. Car c’est bien de ça dont il s’agit, j’aspire à être vegan avant tout par préoccupation environnementale et parce qu’il me semble incohérent d’aimer la nature, le monde et l’humanité tout en contribuant activement à leur destruction. Je ne peux pas à la fois pratiquer le bouddhisme, souhaiter à tous les êtres sensibles  la cessation de la souffrance tout en participant, par mon comportement de consommatrice, à la pollution des océans, la déforestation massive et sauvage, à la disparition de milliers d’espèces animales, à l’augmentation de la pauvreté dans des pays qui n’ont déjà rien, à la mauvaise santé globale de notre humanité et à la pollution atmosphérique. Et je ne peux pas décemment élever mon fils en faisant semblant que je ne suis pas au courant, en prétendant que bouffer un burger n’a aucune conséquence et en ignorant l’interdépendance de tout.

Je ne veux pas convaincre sur ma simple parole mais implorer, chacun d’entre nous, de simplement s’informer, considérer si en son âme et conscience on peut vraiment faire passer la satisfaction de nos papilles gustatives avant le bien être de tous.

Quelques chiffres, qui m’ont fait vraiment réfléchir, et qui sont tirés d’un rapport des Nations Unies et de divers ouvrages et documentaires, dont l’excellent Cowspiracy.

  • L’agriculture animale est responsable de 51% des émissions de gaz à effet de serre; les transports, tous combinés, seulement 13%. En étant végétalien, vous réduisez de 50% votre empreinte carbone.
  • L’agriculture animale est responsable de 91% de la destruction de la forêt amazonienne.
  • Un seul burger nécessite 3000 litres d’eau, c’est à dire deux mois de douches.
  • Bouffer un burger c’est comme faire 1600km en voiture.
  • L’industrie des laitages et la viande consomme 1/3 des réserves d’eau douce de la planète.
  • L’agriculture animale est la première cause de disparition des espèces, de destruction de l’habitat et de pollution des eaux de notre planète.
  • Le bétail couvre 45% de la surface de notre globe, cause majeure de la désertification.
  • 14 % des décès dans le monde pourraient être évités si la population ne consommait pas de produits animaux.

En bref, pour nourrir le bétail, il faut des céréales qui demandent de la terre, ce qui pousse à la déforestation et à l’extinction d’espèces, ce qui occupe des sols dans des pays dont les habitants ne peuvent ni manger ce qui est produit (puisque c’est destiné au bétail) ni voir les bénéfices financiers (puisque tout est contrôlé par des multinationales); les déchets produits par les animaux s’écoulent jusqu’aux rivières et océans et polluent également considérablement l’atmosphère, etc… Vous voyez la chaine de cause à effet.

Il y a, me semble-t-il, énormément d’idées fausses à propos de l’alimentation humaine et du besoin de protéines animales; beaucoup de ces idées sont perpétuées par l’industrie agro alimentaire qui a bien sûr tout à perdre. Ma propre expérience m’a appris qu’on peut tout à fait se passer de produits animaux dans l’alimentation et être en parfaite santé. Je fais du sport d’endurance, de très longue endurance même, m’entraine jusqu’à 20 heures par semaine sans apport animal.  Je ne suis pas la seule, les exemples sont très nombreux dans le milieu sportif. On ne sait aussi souvent pas que les « chasseurs cueilleurs » étaient surtout cueilleurs, qu’ils ne trouvaient pas la viande comme nous au supermarché et qu’elle constituait donc une toute petite partie de leur alimentation. On pense aussi souvent que cuisiner Vegan est compliqué; je ne sais toujours pas faire la cuisine à ce jour, je mange très simplement, des choses très variées, même en hiver, en consommant de préférence localement et bio. Mon fils se plaint un peu parfois, mais globalement, il a compris que chacun de nos actes a des conséquences et que être humain c’est aussi avoir une responsabilité envers le monde. Et il est lui aussi en bonne santé.

Je ne suis pas une intégriste du vegan, je fais des exceptions, quand je suis invitée par exemple, par respect pour mes hôtes, au restaurant parfois aussi; mais mon fils et moi avons pris ensemble la décision que les produits animaux ne rentreraient pas dans la maison, et que quand on en consomme, et bien on ne pense pas que ça va de soi, on pense aux conséquences de cet acte sur les autres, de façon à ce  que ne ça soit pas un geste banalisé et irréfléchi.

Pour finir, au delà même des répercussions environnementales et humaines, je trouve qu’il y a quelque chose de barbare à manger des êtres sensibles, des êtres qui sont capables comme nous de ressentir la douleur. Marguerite Yourcenar disait: « je ne vois pas comment je pourrais digérer l’agonie ». Moi non plus.

 

 

 

Trail de Haute Provence

I don’t really know where my love of the mountains comes from. There were the countless summers spent in the Swiss Alps with my parents when I was a kid, the couple of years I was in love with a mountain guide and tagged along pretty much everywhere with him, and all the other times when I hiked for hours or days in the spectacular French Alps.

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Yesterday, I ran my first 50k. It was almost in my back yard, in the mountains from the Haute Provence where my mother lives but that I arrogantly never really viewed as mountainous. Don’t get me wrong, the scenery is picture perfect with the lavender fields, the olive trees, the old oaks against a backdrop of clear blue sky. But here, we call it « la montagnette », a somewhat derogatory term which implies that it is on the smallish side.

I wasn’t really prepared for the race and almost did not show up. But I am glad I did. Because it felt wonderful to be part of that endless space again. Getting to the top of a mountain does that to you, it makes you want to laugh with pure joy, bow with awe and cry with tenderness.  The climb up had been long and hard, I  had kept a steady rhythmical pace for that first steep 20km, listening to my breath and the sound of my poles hitting the ground.

Then I hit the downhill, my legs already tired but my body still strong and craving the embrace of space. Running downhill is really like letting yourself go into air, not fearing it, not holding back, leaning your body right into it but with complete mindfulness and discipline. Such a beautiful echo of my meditation practice and my life really. Surrendering  to the groundlessness of all and still being held by the earth and welcomed by space.

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I am not a good mountain runner, at 45 I am barely beginning to understand the resilience, patience and technical skills that it requires. But I love it, I love that I can be humble and just run for the sake of it, be satisfied with whatever place I make. I hadn’t felt that true contentment with my athletic endeavors in a long time, always somewhat unconsciously striving to be faster and better. Yesterday, the « montagnette » made my heart sing, my legs scream and my mind swell with pride regardless of my pace.


Link to the official Trail de Haute Provence video (beautifully made)

 

 

 

 

Hier j’ai fait du vélo … et du yoga

Hier j’ai fait du vélo, beaucoup de vélo. 133km avec un fort mistral. C’était dur, très dur, et pourtant c’est une expérience réussie qui me laisse pleine de l’énergie du possible et de passion pour la vie.

Comme quoi la réussite sportive n’est pas forcément liée à la rapidité et au classement.

Mais pour ça il faut accepter la lenteur. Bon d’accord une lenteur toute relative mais une lenteur quand même. Non pas que je n’ai pas eu le choix, j’aurai pu honnêtement aller un (tout petit peu) plus vite, me « faire violence » comme on dit dans le milieu. Mais là, pour le coup, ma relative lenteur était un choix délibéré.

Je m’étais dit: tu vas cultiver l’effort juste, une sorte de voie du milieu sportive et tenter de vivre ta pratique sportive comme ta pratique bouddhiste, avec honnêteté, authenticité et sans agressivité. J’étais assez fière de ma trouvaille. Bien que ce ne soit pas tout à fait une trouvaille, bien d’autres y ont pensé avant moi, mais c’est une conclusion à laquelle j’étais arrivée il y a à peu près deux mois suite à une blessure et un arrêt assez long de l’entrainement.

Parce qu’il est si facile de perdre de vue, le pourquoi du sport; un peu comme si on continuait mécaniquement à chanter la même chanson en ayant oublié pourquoi l’air nous avait tant séduit au début. Je ne cours pas pour gagner, vraiment pas, même si comme tout sportif, il y a en moi quelque chose de compétitif aussi. Je cours parce que j’aime ça,  parce que cela me donne un sentiment de confiance, de possibilité humaine au delà de tout trip égotique. Je cours parce que je suis amoureuse de la nature qui m’entoure, je cours pour sentir les éléments, pour sentir la force et aussi la fragilité de mon corps, je cours parce que la vie est courte et j’ai envie de la goûter à plein poumons.

Et dimanche, sur mon vélo face au mistral, je me suis efforcée sans cesse de trouver cet équilibre entre force et relâchement qui permet de s’installer dans un effort long sans constamment lutter pour s’accrocher et pour « tenir ». Je n’avais pas du tout envie de « tenir », j’avais envie tout juste d’être. Et ça n’a pas été facile.  J’ai été tentée, à de multiples reprises, de me « pousser » pour aller un peu plus vite, et le contraire aussi, de ralentir parce que ma tête me disait que c’était bien trop dur.

S’écouter sans complaisance, se forcer sans violence, cultiver ahimsa dans tous les petits coins et recoins de ma vie. Ne pas faire de ma pratique spirituelle une activité de plus, mais  une attitude générale dans la vie, une trame de fond qui tisse tout. Un tantra. M’exposer toujours à être pleinement, justement, authentiquement.

A l’arrivée, j’étais heureuse et honteuse à la fois. Honteuse d’être dans les derniers arrivants, et je me suis bien un moment cherchée des excuses (sous entrainement, reprise après blessure, douleurs, etc…), mais heureuse d’être tout simplement là, d’avoir senti mon corps fatigué mais vivant jusqu’au bout, d’avoir mangé du pollen, d’avoir pédalé seule longtemps face au vent sans même jeter un oeil sur mon compteur. J’étais et suis encore aujourd’hui pleine d’appréciation envers  mes possibilités, envers ce corps et cet esprit qui ont réussi à écouter mon coeur.

J’ai tellement aimé aussi les sourires satisfaits de mes amis à l’arrivée, cette cohésion et connivence qui vient que nos corps et nos coeurs aient travers le même effort, les mêmes doutes et les mêmes satisfactions chacun à sa vitesse ou à sa lenteur.

Je me demande maintenant ce qu’un « gros mental » est vraiment: une telle auto agressivité qu’on est capable de nier toute une partie de soi pour voir son nom un peu plus  haut dans la liste; ou une justesse d’esprit qui nous accueille dans ce qu’on est là et maintenant, aussi lent soit-on?

Ma journée d’hier était basée sur un choix mental adapté à un ressenti physique, et quand les deux fonctionnent ensemble c’est du yoga: un sentiment que quelque chose est juste, honnête et que j’ai donné, non pas le maximum, mais le meilleur de moi.

Je vieillis, je ralentis mais peut être aussi que je gagne en sagesse.

 

 

 

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Deux jours après mon premier triathlon Ironman (4 km natation – 180 km vélo – 42 km course à pied), ce qui domine est un drôle de sentiment, une sorte de fierté mêlée de déception. Un peu de tristesse aussi, de ne pas savoir comment être pleinement satisfaite.

J’étais physiquement bien préparée à cette aventure. Je me suis entrainée surtout seule, parfois accompagnée un bout du chemin par mon compagnon Christophe. Je me suis entrainée sans cardio, sans schémas et zones, parfois même sans montre. J’ai privilégié la sensation, appris à faire confiance à mon ressenti, à me laisser guider par lui et à trouver ce fragile équilibre entre effort et relâchement qui fait pour moi tout l’intérêt de la longue distance. Je n’ai pas couvert de distances exceptionnelles, je n’ai pas dépassé 120 km à vélo, je n’ai pas couru au delà de deux heures. Mais j’ai appris à travailler en force pour habituer mes cuisses à être plus efficaces sur le plat, j’ai appris à enchainer de longues sorties à vélo avec de longues sorties en course à pied. J’ai appris à nager à une vitesse modérée, en me détendant dans le mouvement des mes bras et le bruit de ma respiration. J’ai appris à entendre mon corps aussi quand il me disait ne plus bien récupérer entre les séances et à faire moins pour essayer de faire mieux. De belles leçons de modération, une qualité qui n’est en général pas mon fort.

Le matin de la course, je me sentais donc prête. Sans arrogance ni prétention physiques. Je n’avais pas peur, juste une légère appréhension et un dégout du bruit et de l’ambiance qui m’est apparue artificielle et forcée. J’avais envie de calme et d’espace, il y avait beaucoup beaucoup de bruit et de monde. Mais à part ça, j’étais prête à passer par toute une palette d’émotions et d’états, à avoir envie et mal, à avoir peur et confiance, et à continuer malgré tout. J’étais contente d’être seule, de ne pas devoir parler et impatiente de m’installer un rythme qui m’emmènerait jusqu’au bout sans trop d’encombres.

Et c’est là qu’il y avait quand même une dose d’arrogance, à postériori je me rends compte que j’étais quand même bien sûre de mes capacités mentales et que, ironiquement, malgré toute ma pratique bouddhiste qui invite à composer avec ce qui se présente dans l’instant, je me suis projetée dans une course assez idéalisée. Et quand la réalité m’a amené de l’imprévu, et bien je n’étais pas si prête que ça.

L’imprévu s’est présenté sous forme d’un mal de bide. Pas le petit mal de bide, qui fait qu’on vomit un coup et que ça passe. Non, non, un truc bien plus insidieux, un petit point qui commence en natation et qui ne fait que grandir en vélo pour arriver à son paroxysme sur le marathon. Je pense que c’est la durée et la violence de ces douleurs qui m’ont désarçonnées, elles ont duré presque toute la course, c’est à dire plus de 12h. Une sensation de coups de poignards à chaque trou sur les routes en vélo, à chaque pas, même en marchant sur le marathon ; et je ne suis pas du genre douillette.

La déception vient de là, je pense, ces douleurs ont coloré ma perception et m’ont laissé un goût un peu amer, comme si le fait de devoir marcher une partie du marathon faisait que je ne l’avais pas vraiment fait, comme si j’avais triché en quelque sorte.

Mais tout ce que je viens de décrire n’était en fait qu’une partie de mon expérience ; pendant ces 13h20 de course il y avait aussi tout le reste et je suis sûre que c’est de cela dont je me souviendrais dans quelques temps. Au delà des maux de bide, il y avait un sentiment d’aisance physique globale et de possibilité. Une solidarité incroyable, des paysages doux et lumineux, des regards plein d’admiration, des sourires d’inconnus, le soutien de tous mes amis à distance et de Christophe, à mes côtés de temps à autre, me rassurant par sa présence silencieuse. Et l’émotion assez indescriptible de la Finish Line.

Surtout, il restera tout l’humour qu’on peut tirer de la situation :

  • J’avais choisi Vichy en partie pour ne pas avoir chaud et il faisait plus de 35 degrés à l’ombre.
  • J’avais choisi Vichy pour éviter le mistral et j’ai eu un vent de face pendant toute une partie du vélo.
  • J’ai réussi à faire un marathon « à l’envers », commencer en marchant et finir en courant, prouesse assez rare.
  • J’avais tellement mal au bide que j’en avais franchement rien à foutre de la chaleur qui a plombé tout le monde.
  • Je me suis fait plein de copains « de crampes et autres douleurs » et finalement ai adoré ne pas être seule.
  • Comme je n’ai pas tout couru, je me suis rajoutée de la natation avec 4116m à ma Garmin.
  • Comme je ne pouvais pas m’alimenter, j’ai fait un Ironman entièrement au coca, une boisson bannie depuis des mois pour optimiser ma préparation.

Je ne peux que vous encourager à tenter une épreuve d’ultra endurance, car je pense que ce sont justement ces imprévus qui nous rendent courageux et font de nous non seulement de meilleurs triathlètes mais aussi tout simplement des êtres plus humains.

Et avec une touche d’humour, finalement tout passe.

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finish line après 13h20 de course

Elise, le 2 septembre 2015 – Ironman Vichy (4km swim – 180 km bike – 42 km run).

Shades of my heart

I have shattered my world and am now hanging in the groundlessness of all. I kicked it all and felt no relief. The summer light felt grey and dense with dust and pain and fear, and I kept wanting to come back up for air that wasn’t stale.

No, I felt no relief, and the deep sadness of love lost hurt as much as the sharp vivid prick of fresh desire.

I marveled at the vastness of my heart, wondered how it could accommodate so much love and weariness, so much wanting and inertia, so much fear and yet such profound confidence that the very groundlessness of it all was the honest soil I was now treading upon.

I am both the sky and the endless fall.

Dire

J’aimerais encore pouvoir écrire avec la facilité de mes 30 ans. Quand les mots m’inventaient une contenance, une substance qui s’est depuis évaporée. J’ai ce soir une certaine nostalgie de ces mots qui savaient séduire, qui déguisaient mon désir et masquaient mes hésitations à vivre et à vraiment dire.

Ce soir je voudrais glisser sous les mots, qu’ils me prennent au corps et  dessinent un sens, une ligne d’horizon et qu’ils arrêtent pour un moment le flux de tout. Mais mon esprit aiguisé ne se laisse plus convaincre et c’est le silence qui surgit, dense de tout l’indicible d’une tranche de vie un soir de printemps. Dans ce silence apparait comme en transparence tout ce que je ne sais pas dire sans tricher. Un coeur brisé, des possibles avortés, rêvés ou effleurés. Et aussi la pulsation de mon humanité, par moment si crue, si rêche, si pleinement incarnée qu’elle étouffe et sens et verbe.

Hesitation

There is confidence and strength
To be gained
From putting myself out there
Saying
The I care
That might never get an echo

From finding ground
In the uncertain feelings
That have no name
No sound
Barely a face.

But for the time being
I find space
In my silence.
And I am staling for a little while longer
Before I leap and fly, or crash on my face.

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