ironlady

Deux jours après mon premier triathlon Ironman (4 km natation – 180 km vélo – 42 km course à pied), ce qui domine est un drôle de sentiment, une sorte de fierté mêlée de déception. Un peu de tristesse aussi, de ne pas savoir comment être pleinement satisfaite.

J’étais physiquement bien préparée à cette aventure. Je me suis entrainée surtout seule, parfois accompagnée un bout du chemin par mon compagnon Christophe. Je me suis entrainée sans cardio, sans schémas et zones, parfois même sans montre. J’ai privilégié la sensation, appris à faire confiance à mon ressenti, à me laisser guider par lui et à trouver ce fragile équilibre entre effort et relâchement qui fait pour moi tout l’intérêt de la longue distance. Je n’ai pas couvert de distances exceptionnelles, je n’ai pas dépassé 120 km à vélo, je n’ai pas couru au delà de deux heures. Mais j’ai appris à travailler en force pour habituer mes cuisses à être plus efficaces sur le plat, j’ai appris à enchainer de longues sorties à vélo avec de longues sorties en course à pied. J’ai appris à nager à une vitesse modérée, en me détendant dans le mouvement des mes bras et le bruit de ma respiration. J’ai appris à entendre mon corps aussi quand il me disait ne plus bien récupérer entre les séances et à faire moins pour essayer de faire mieux. De belles leçons de modération, une qualité qui n’est en général pas mon fort.

Le matin de la course, je me sentais donc prête. Sans arrogance ni prétention physiques. Je n’avais pas peur, juste une légère appréhension et un dégout du bruit et de l’ambiance qui m’est apparue artificielle et forcée. J’avais envie de calme et d’espace, il y avait beaucoup beaucoup de bruit et de monde. Mais à part ça, j’étais prête à passer par toute une palette d’émotions et d’états, à avoir envie et mal, à avoir peur et confiance, et à continuer malgré tout. J’étais contente d’être seule, de ne pas devoir parler et impatiente de m’installer un rythme qui m’emmènerait jusqu’au bout sans trop d’encombres.

Et c’est là qu’il y avait quand même une dose d’arrogance, à postériori je me rends compte que j’étais quand même bien sûre de mes capacités mentales et que, ironiquement, malgré toute ma pratique bouddhiste qui invite à composer avec ce qui se présente dans l’instant, je me suis projetée dans une course assez idéalisée. Et quand la réalité m’a amené de l’imprévu, et bien je n’étais pas si prête que ça.

L’imprévu s’est présenté sous forme d’un mal de bide. Pas le petit mal de bide, qui fait qu’on vomit un coup et que ça passe. Non, non, un truc bien plus insidieux, un petit point qui commence en natation et qui ne fait que grandir en vélo pour arriver à son paroxysme sur le marathon. Je pense que c’est la durée et la violence de ces douleurs qui m’ont désarçonnées, elles ont duré presque toute la course, c’est à dire plus de 12h. Une sensation de coups de poignards à chaque trou sur les routes en vélo, à chaque pas, même en marchant sur le marathon ; et je ne suis pas du genre douillette.

La déception vient de là, je pense, ces douleurs ont coloré ma perception et m’ont laissé un goût un peu amer, comme si le fait de devoir marcher une partie du marathon faisait que je ne l’avais pas vraiment fait, comme si j’avais triché en quelque sorte.

Mais tout ce que je viens de décrire n’était en fait qu’une partie de mon expérience ; pendant ces 13h20 de course il y avait aussi tout le reste et je suis sûre que c’est de cela dont je me souviendrais dans quelques temps. Au delà des maux de bide, il y avait un sentiment d’aisance physique globale et de possibilité. Une solidarité incroyable, des paysages doux et lumineux, des regards plein d’admiration, des sourires d’inconnus, le soutien de tous mes amis à distance et de Christophe, à mes côtés de temps à autre, me rassurant par sa présence silencieuse. Et l’émotion assez indescriptible de la Finish Line.

Surtout, il restera tout l’humour qu’on peut tirer de la situation :

  • J’avais choisi Vichy en partie pour ne pas avoir chaud et il faisait plus de 35 degrés à l’ombre.
  • J’avais choisi Vichy pour éviter le mistral et j’ai eu un vent de face pendant toute une partie du vélo.
  • J’ai réussi à faire un marathon « à l’envers », commencer en marchant et finir en courant, prouesse assez rare.
  • J’avais tellement mal au bide que j’en avais franchement rien à foutre de la chaleur qui a plombé tout le monde.
  • Je me suis fait plein de copains « de crampes et autres douleurs » et finalement ai adoré ne pas être seule.
  • Comme je n’ai pas tout couru, je me suis rajoutée de la natation avec 4116m à ma Garmin.
  • Comme je ne pouvais pas m’alimenter, j’ai fait un Ironman entièrement au coca, une boisson bannie depuis des mois pour optimiser ma préparation.

Je ne peux que vous encourager à tenter une épreuve d’ultra endurance, car je pense que ce sont justement ces imprévus qui nous rendent courageux et font de nous non seulement de meilleurs triathlètes mais aussi tout simplement des êtres plus humains.

Et avec une touche d’humour, finalement tout passe.

IMG_2472

finish line après 13h20 de course

Elise, le 2 septembre 2015 – Ironman Vichy (4km swim – 180 km bike – 42 km run).

Publicités