le centre du monde

Y’a des moments où je suis le centre du monde. Ou plutôt des moments ou il y a moi et le reste du monde.

Et puis il y a des moments où tout ça pète. Hier c’était un jour comme ça.

Hier donc, j’étais dans mes scénarios plus ou moins habituels, plutôt coupée du monde, parfois lucide mais impatiente devant l’inadéquation entre mes désirs et la réalité. Bref, il y avait moi, mes doutes, mes envies et le monde qui ne réagissait pas comme je voulais. J’étais donc le centre du monde.

Et puis, je ne sais pas trop identifier la cause — la mer peut être, un clair de lune d’une rare tendresse, un refus attendu pourtant– le monde a perforé mon cocon et mon coeur s’est brisé.

Rien de spectaculaire, pas de cris, peu de larmes. Juste une sensibilité nue qui m’a sortie de mon bavardage mental et remis en plein au coeur des choses telles qu’elles sont.

Et je peux ce matin presque sourire de voir à quel point ce qui me semblait si solide hier n’existe en réalité pas.

 

 

 

 

Crossroads

When I think it through
I am at a fork in the road
But when I just feel
There are infinite ways to go.

Un je ne sais quoi

Ce soir je sais. Je sais que ces visages, ces vies ne sont pas autres. Ce bonheur, ces maladresses sont miennes.

Je me dissous, je suis espace, une confiance infinie englobe tout, les doutes, la colère, l’espoir.

Je n’ai pas peur, je n’ai finalement si peu d’importance. Mon corps, mon cœur sont apaisés et à l’unisson avec ce lieu imprégné de notre humanité à tous.

Nous sommes fous, nous sommes sages, nous sommes humains. Ce soir je sais ce que sangha veut dire. Ce je ne sais quoi qui palpite en moi et en nous tous.

Dechen Choling, family camp 2012

Honesty

There is love that is longing to manifest,
And tricks my mind into discursive ramblings.
And behind, in the vast space of my mind is prajna,
Little pricks of disillusion and truth piercing my heart.

Originally written in Aix en Provence, on January 31, 2012.

Le souffle

J’ai pas mal pensé à ce mot ces derniers temps. Un mot que j’utilise étonnamment peu pour quelqu’un qui enseigne la méditation et le yoga, je lui préfère son synonyme médical, plus froid et désincarné: la respiration.

Je me souviens avoir suggéré il n’y a pas si longtemps à une nouvelle prof de yoga de préférer le terme expirer à souffler, celui ci m’évoquant la lassitude du soupir.

Je connais mon souffle, y revient constamment moment après moment sur mon coussin de méditation quotidiennement depuis plusieurs années, quand je pratique le yoga mes mouvements sont portés par mon souffle, quand je cours ma foulée est soutenue par mon souffle.

Mon souffle me ramène au présent, quand mon esprit et mon corps suivent le souffle je suis dans une relation à la réalité non encore colorée par le filtre de mes pensées et de mes émotions, il y a dans cette expérience du souffle quelque chose de brut, du potentiel pur. J’y puise une confiance non affectée et y voit aussi un constant rappel de la fragilité de mon existence et de l’urgence à en prendre toute la mesure.

Ce matin je courrais le long de l’océan, le souffle du vent et de l’eau se mêlant au mien. Mon souffle se faisant plus présent tandis que ma foulée s’enfonçait dans le sable des dunes, celui du vent et de la mer noyant tout lorsque je m’approchais de la falaise.

Le souffle du monde restera après le mien. C’est réconfortant et terrifiant. C’est peut être pour cela que j’aime tant courir et nager – je me sens respirer à l’unisson avec la terre et le ciel- et c’est sûrement aussi pour cela que le mot souffle me fait peur: il contient en substance à la fois ma vie et ma mort.

Voyage

J’ai traversé une grande partie de la France ces deux derniers jours.

J’ai vu des panneaux indiquant des villes qui ont à un moment été familières. Bourges, Orléans, Tours, Chenonceau. Toute une région où je ne suis pas allée depuis bien longtemps mais où j’ai passé une partie de ma vie.

Étrangement, cela m’a laissée assez indifférente. Quelques souvenirs éparses, usés et fades, aucun d’ailleurs n’évoquant de moments heureux.

Un peu de lassitude aussi de chercher à y trouver une certaine nostalgie. Non, vraiment pas grand chose sauf une vague impression que traverser les espaces si rapidement qu’ils en perdent leur humanité. Réduits à des panneaux d’autoroute, aux quelques locaux échappés des villages alentours qui travaillent aux stations services et deviennent le visage anonyme de toute une région.

Et ce soir au terme du voyage, je me suis assise devant l’océan sous le ciel Breton. Le bloc de granit chaud sous mes jambes nues, les aspérités de la roche rugueuses sous la paume de mes mains. Le vent froid, la mer brute, le ciel doux et rude à la fois. Et là, face à au spectacle cru et violent du monde, j’ai cessé de traverser, de parcourir et de voyager, mon cœur s’est déposé dans le vert des vagues, mon esprit a pris la mesure de son infime petitesse. J’ai gouté pleinement à la simplicité déconcertante d’être le passager temporaire du flux et reflux du monde.