Creating

What does the poet do?

When there is
No pressing need
No violent longing
No tearing desire
No haunting narrative

When mind is spacious
And thoughts light as clouds?

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Hommage à un ami disparu

Aujourd’hui en surfant sur internet, j’ai appris qu’un vieux copain, Jean Noel,  était mort. Il y a 4 ans déjà, et je ne savais pas. Je pensais qu’il était toujours là haut dans les montagnes, avec son ami Jean-Paul, tous deux hors du temps, dans un monde si autre, si radicalement différent du mien, qu’il en était devenu irréel.

J’ai d’abord rencontré Jean Paul, c’était en 1998, je vivais alors aux USA et était venue passer l’été en France. Jean-Paul et Jean-Noel étaient  tous les deux guides de haute montagne, ils avaient gravis ensemble des sommets par des faces encore inexplorées dans les Himalayas. Il y avait entre eux une amitié rare, quelque chose d’inconditionnel que j’ai rarement vu depuis et qui m’émouvait alors déjà beaucoup.

J’étais amoureuse de Jean Paul, rencontre improbable entre une intellectuelle expatriée et un montagnard à la présence brute et silencieuse. Je m’étais installée chez Jean Paul pour une partie de l’été,  il travaillait beaucoup, et je passais en fait beaucoup de temps avec son ami Jean-Noel que tout le monde appelait Jean-No.

Jean-No venait me chercher pour « balader » et montrer un peu à la jeune femme branchée et manucurée que j’étais, l’espace brut des sommets alpins. Je me souviens qu’il conduisait vite, bien trop vite, j’avais peur mais n’osais pas lui dire. J’ai gravi mon premier 3000 avec lui, c’était Rochebrune, un pic que je reconnais maintenant entre mille et qui me fait immanquablement penser à lui. Jean No m’a aussi appris à faire mes premières voies d’escalade, raillant mon short trop court et mon visage dépité devant mon vernis écaillé. C’est Jean-No aussi, qui l’hiver suivant, a essayé de me faire dépasser mes peurs des pentes enneigées et vierges en ski de randonnée. J’aimais Jean Paul mais c’est peut être plus à Jean-No que je dois mon amour de la montagne.

Je le connaissais peu et bien à la fois, il faisait partie des gens vrais dont l’humanité me touche, sans filtre ni détours.

Jean-Noel est mort en 2008 au Pakistan lors de l’ascension du Gasherbraum 1 un des plus hauts sommets de l’Himalaya, c’était sa 18ème expédition.

J’ai toujours dit

que je détestais Noel. Clamant haut et fort que je me foutais du raout familial, que je méprisais les échanges de cadeaux forcés, la glorification du dieu consommation, la toute puissance de la bouffe et surtout l’opium du peuple, la religion.

Pour Noel, j’ai bouffé du canard cachère avec des potes juifs, j’ai partagé un pétard sur une plage en Jamaique avec une copine libanaise et des rastas enfumés, je me suis couchée seule à 10 heures, j’ai bu du café dans une station service en Arizona, j’ai dormi dans ma voiture à Key West, et ai, toute ma vie, dépensé une énergie considérable à ne pas le fêter.

Maintenant trône dans mon salon, un sapin en plastique blanc, fabriqué avec des dérivés de pétrole, habillé d’une guirlande scintillante, énergivore et d’une laideur incomparable.

Je n’ai tout de même pas réussi à dire à mon fils qu’il fallait croire au mec en rouge qui vient du froid par la cheminée. Mais ce soir j’envisage presque de faire livrer une pizza le jour J afin de la déguster en famille.

Yes, times are changing.