« mais pourquoi tu cours? »

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Je ne peux même pas compter le nombre de fois où on me pose cette question. Suivant le ton, les circonstances ou la personne, j’entends derrière elle, soit une simple curiosité, une certaine sollicitude, ou le plus souvent un jugement négatif qui verbalisé autrement donnerait: « Mais c’est hyper mauvais pour le corps, tu n’as rien d’autre à faire? Quel vide essaies-tu de remplir? Tu cours après quoi? ».

Que répondre? Que comme toute passion, le sport est exigeant, sa pratique difficile à modérer, sa rétribution parfois riche et immense et d’autres fois décourageante et humiliante.

Je cours avant tout pour être dehors, en mouvement dans la nature. Pour couvrir du terrain, négocier des trajectoires dans la caillasse, enjamber les murets, zigzaguer entre les arbres, me frayer des chemins dans les hautes herbes, couper à travers les champs, glisser dans les pentes raides et rencontrer par endroit le confort régulier du bitume.

Je cours pour humer, toucher et gouter à la fraicheur de l’air, l’humidité des sous bois, l’odeur des pinèdes dans la chaleur, pour entendre l’appel du coucou à l’aube, et voir le vol des hirondelles à l’annonce du printemps.

Je cours pour être avec moi-même. Le mouvement répété de mon corps détend les tensions de mon esprit. Alors s’ouvre un espace de créativité, d’élan et d’enthousiasme. Quand je cours, j’ai des idées, des projets, des lignes d’horizon se dessinent et accèdent au possible.

Quand je cours, j’ai à nouveau 5 ans ou 7 ans. Je suis dans mon sud-ouest natal et l’espace est sans limite. Les clôtures sont faites pour être enjambées, les champs foulés de mes pieds, les cerises chapardées au passage. Je ne connais pas la méfiance et la crainte, la nature est mon refuge, les arbres mes amis et les fougères mes complices. Il n’y pas de règle, pas d’injonction de prudence, juste la voix de ma mère qui au loin me demande de rentrer à la nuit tombée.

Je cours par goût de l’effort. Le souffle est parfois court, les jambes crient leur inconfort dans les longues montées. Je les écoute et sais leur parler, leur dire que ensemble nous pouvons avancer, adapter notre allure, parfois nous reposer.

Je cours pour oublier. Oublier les contraintes, les territoires étriqués où je me sens enfermée. Les « il faut », « tu es » et « tu devrais ».

Je cours pour me retrouver, dans mon possible, ma puissance et mon potentiel.

Une réflexion sur “« mais pourquoi tu cours? »

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