Un gros coeur essoufflé

J’étais dans les Alpes ce weekend, avec 14 autres filles triathlètes, dans ces paysages que j’affectionne tant depuis l’enfance et que je sillonne depuis plus de 40 ans.

Les sommets étaient enneigés, les arbres et l’herbe gorgés de vert, et le bleu du lac répondait à celui du ciel. Comme toujours quand je suis à la montagne, mon coeur devient immense et ses battements tendres et précieux.

La montagne fait écho à ma solitude, mon être si petit, si humble et fragile dans cette immensité majestueuse. Mais c’est aussi là haut entre terre et ciel, que mon petit territoire devient insignifiant, et que je fais pleinement l’expérience de l’espace infini dont je suis faite et que je partage avec toute une humanité.

Sur nos vélos, on a parcouru ce paysage. J’avais le souffle parfois court, les jambes brûlant dans l’effort, mais toujours la montagne en arrière plan, m’invitait à sentir que derrière les tensions du corps, les contractions de l’esprit, il y a la vastitude du monde dans laquelle tout se dissout.

J’ai vécu, comme souvent dans mes efforts sportifs, ce va et vient incessant entre la sensation étriquée de mon petit moi (« c’est dur », « est-ce que je vais y arriver? »), et la confiance qui vient du partage et de l’ouverture à l’autre. Seule sur mon vélo, mais toutes ensemble dans l’effort; la fierté des filles en haut des cols, c’était aussi la mienne, leur fatigue, leur découragement parfois, je les ressentais en moi; et on était comme un gros coeur essoufflé qui bat à l’unisson.

Ce weekend était délicieux –comme les tartes de la pâtisserie de Tallard — parce qu’il était partagé, parce que c’était un « nous » plutôt qu’un « je »,  parce qu’on s’est soutenues et aidées, parce qu’on s’est appréciées simplement pour qui on est.

 

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