Mon premier Half Ironman

J’en garde une impression de facilité.

Je vois déjà quelques personnes bondir, rien qu’à l’idée: quoi? 1,9 km de natation, 90 km de vélo et un semi marathon, facile?

Peut-être pas, non. Mais mon ressenti a été tout au long des six heures de course, celui d’un effort mesuré, juste, fluide et approprié. C’était le seul but que je m’étais fixé lorsque, il y a 5 mois, j’ai décidé de faire mon premier demi Ironman, ou 70.3 miles.

Je débute le triathlon ou presque. Après maintes hésitations; trop dur, trop peur, trop de temps, pas assez forte, etc…, je me suis inscrite au Triathl’Aix en octobre dernier, il y a moins d’un an. Je n’avais qu’une idée très vague des formats possibles, du type d’effort demandé, avais fait mes débuts en vélo de route pendant l’été et considérais que pédaler 20km était un maximum.

Puis au fil des mois et des heures d’entrainement, j’ai pris confiance. J’ai travaillé ma foulée, et ai commencé à apprécier la légèreté et la puissance d’un pied qui touche le sol par l’avant, le frôle à peine pour rebondir. La sensation d’être pleine de potentiel, précise dans mes appuis et douce dans ma respiration.

J’ai aimé nager, de plus en plus. Le bruit de l’expiration sous l’eau, la poussée de la main et la sensation de glisse qui s’ensuit. La ligne noire au fond, toujours en point de mire, longueur après longueur.

Je me suis accrochée à mes amies cyclistes, à Elise, surtout. A l’abri, derrière elle, pendant de longs kilomètres suivant son rythme et m’imprégnant des paysages bruts et secs de notre Provence. J’ai roulé seule aussi, dans les forêts pleine de fougères du Limousin, sur des routes désertes et dans une campagne qui sentait mon enfance.

Cet été, j’ai aussi pédalé sur le long des côtes bretonnes, j’ai couru dans les dunes et nagé dans les vagues. J’ai eu mal parfois, j’ai souvent trouvé les longs efforts de plusieurs heures difficiles, mais j’ai aussi aimé la solitude, et ai toujours été curieuse de mon rapport au corps et à l’effort.

J’ai travaillé avec mon corps comme je travaille avec mon esprit grâce la méditation. Je me suis familiarisée avec lui, j’ai vu que rien dans mes sensations n’est fixe ni solide, que les inconforts et les découragements passent, que l’espace se cultive même dans les contractions et la force.

Je pense que ce qui m’intéresse dans les efforts longs comme le marathon et le triathlon longue distance, c’est trouver cet effort juste, ce rapport totalement honnête avec mon corps, qui n’est ni complaisance ni violence. Ne pas laisser ma perception se figer et définir mon expérience. Sentir qu’un muscle qui se contracte c’est de la puissance et pas nécessairement de la douleur. Sentir l’accélération de mon souffle comme un élan et non comme un essoufflement. Arrêter de lutter, même dans l’effort. Apprécier chaque instant, comme un instant de vie, sans but sinon d’être présent là et maintenant.

J’ai couru sans montre ce dimanche pour mon premier half Ironman, et j’ai passé la ligne sans même penser à regarder le chrono. Ma course était réussie parce que je ne l’avais pas subie, mais bien vécue dans cet étrange seuil où l’inconfort devient espace et étire toujours un peu plus le possible.