Aventure de fin de journée

Je vais faire le nettoyage annuel (oui je sais c’est crade) de mon anti-voiture (aucune option du tout, moteur de mobylette, confort de char russe) au Casino Géant. Occurence toute aussi rare car je mets un point d’honneur à fuir la grande distribution.

Je laisse donc ma voiture au gentil monsieur qui lave tout une fois par an, il me dit que dans l’état où elle est, il en a bien pour une heure et demie et que ben c’est pas tout à fait gratuit. Mais je suis déterminée à accomplir ma mission annuelle et j’ai tout prévu: deux paquets de copies de Master bien denses à corriger et même un sac de course si je trouve le courage de m’engager dans le dédale de ce grand temple de la consommation. Je me parque donc au Columbus café dans la galerie marchande néonisée et je corrige, je corrige. Je brave mes interdits et vais même acheter un presse agrumes et des sushis.

Je suis fière de tant de choses accomplies dans un lieu si impropice à l’efficacité et retourne récupérer mon carrosse tout nettoyé. La voiture est rutilante de propreté mais ne démarre plus. Plus rien. Multiples essais, diagnotics divers donnés par le-gentil-monsieur-qui-lave-ma-voiture-une-fois-par-an, une dame assortie à son chiwawa et l’agent de sécurité qui sillonne le parking en roue arrière sur son scooter. Rien. La voiture toussote, fait mine de, mais résiste.

J’appelle donc ces entités abstraites, aux numéros plein de zéros et de cinq qui savent quoi faire dans ces cas là: assurance – non madame, vous n’avez pas d’assurance dépannage – garagiste habituel – non madame je n’ai pas de quoi vous dépanner – et finalement Renault Assistance où une voix salvatrice et polie m’informe qu’une dépanneuse arrivera à 18h16. Oui, 18h16. Je m’émerveille de tout ce réseau de services si habile et prêt à intervenir dans les tréfonds du monde capitaliste.

J’attends dans ma voiture, à l’abri du mistral, observe avec curiosité les usagers du Casino Géant, le temps passe et je m’ennuie assez peu. A 18H16, la dépanneuse magique n’ayant pas fait son apparition, je l’appelle et demande poliment si on sait où me trouver. Oui, oui Madame mais je suis à Saint Maximin et j’en ai encore pour une demie heure. Qu’est ce qu’elle a votre voiture? Qu’est ce qu’elle fait quand vous mettez le contact? Mon vocabulaire de description des bruits de moteur étant assez nul voire inexistant, je lui dis: ben, écoutez, je vais essayer de démarrer et vous allez entendre (elle n’est pas silencieuse ma voiture, c’était aussi en option). Et là, la voiture démarre. Comme ça. Sans rien faire que de parler au monsieur qui conduit la dépanneuse, elle démarre!

Je me dis que notre monde est incroyable. Que certaines voitures sont capables de se rebeller devant trop de propreté, que certains mécanos réparent à distance, que les numéros plein de zéros ont des pouvoirs d’intervention quasi divine.

Mais les copies, elles, ne se corrigent pas toutes seules.

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