Hier j’ai fait du vélo … et du yoga

Hier j’ai fait du vélo, beaucoup de vélo. 133km avec un fort mistral. C’était dur, très dur, et pourtant c’est une expérience réussie qui me laisse pleine de l’énergie du possible et de passion pour la vie.

Comme quoi la réussite sportive n’est pas forcément liée à la rapidité et au classement.

Mais pour ça il faut accepter la lenteur. Bon d’accord une lenteur toute relative mais une lenteur quand même. Non pas que je n’ai pas eu le choix, j’aurai pu honnêtement aller un (tout petit peu) plus vite, me « faire violence » comme on dit dans le milieu. Mais là, pour le coup, ma relative lenteur était un choix délibéré.

Je m’étais dit: tu vas cultiver l’effort juste, une sorte de voie du milieu sportive et tenter de vivre ta pratique sportive comme ta pratique bouddhiste, avec honnêteté, authenticité et sans agressivité. J’étais assez fière de ma trouvaille. Bien que ce ne soit pas tout à fait une trouvaille, bien d’autres y ont pensé avant moi, mais c’est une conclusion à laquelle j’étais arrivée il y a à peu près deux mois suite à une blessure et un arrêt assez long de l’entrainement.

Parce qu’il est si facile de perdre de vue, le pourquoi du sport; un peu comme si on continuait mécaniquement à chanter la même chanson en ayant oublié pourquoi l’air nous avait tant séduit au début. Je ne cours pas pour gagner, vraiment pas, même si comme tout sportif, il y a en moi quelque chose de compétitif aussi. Je cours parce que j’aime ça,  parce que cela me donne un sentiment de confiance, de possibilité humaine au delà de tout trip égotique. Je cours parce que je suis amoureuse de la nature qui m’entoure, je cours pour sentir les éléments, pour sentir la force et aussi la fragilité de mon corps, je cours parce que la vie est courte et j’ai envie de la goûter à plein poumons.

Et dimanche, sur mon vélo face au mistral, je me suis efforcée sans cesse de trouver cet équilibre entre force et relâchement qui permet de s’installer dans un effort long sans constamment lutter pour s’accrocher et pour « tenir ». Je n’avais pas du tout envie de « tenir », j’avais envie tout juste d’être. Et ça n’a pas été facile.  J’ai été tentée, à de multiples reprises, de me « pousser » pour aller un peu plus vite, et le contraire aussi, de ralentir parce que ma tête me disait que c’était bien trop dur.

S’écouter sans complaisance, se forcer sans violence, cultiver ahimsa dans tous les petits coins et recoins de ma vie. Ne pas faire de ma pratique spirituelle une activité de plus, mais  une attitude générale dans la vie, une trame de fond qui tisse tout. Un tantra. M’exposer toujours à être pleinement, justement, authentiquement.

A l’arrivée, j’étais heureuse et honteuse à la fois. Honteuse d’être dans les derniers arrivants, et je me suis bien un moment cherchée des excuses (sous entrainement, reprise après blessure, douleurs, etc…), mais heureuse d’être tout simplement là, d’avoir senti mon corps fatigué mais vivant jusqu’au bout, d’avoir mangé du pollen, d’avoir pédalé seule longtemps face au vent sans même jeter un oeil sur mon compteur. J’étais et suis encore aujourd’hui pleine d’appréciation envers  mes possibilités, envers ce corps et cet esprit qui ont réussi à écouter mon coeur.

J’ai tellement aimé aussi les sourires satisfaits de mes amis à l’arrivée, cette cohésion et connivence qui vient que nos corps et nos coeurs aient travers le même effort, les mêmes doutes et les mêmes satisfactions chacun à sa vitesse ou à sa lenteur.

Je me demande maintenant ce qu’un « gros mental » est vraiment: une telle auto agressivité qu’on est capable de nier toute une partie de soi pour voir son nom un peu plus  haut dans la liste; ou une justesse d’esprit qui nous accueille dans ce qu’on est là et maintenant, aussi lent soit-on?

Ma journée d’hier était basée sur un choix mental adapté à un ressenti physique, et quand les deux fonctionnent ensemble c’est du yoga: un sentiment que quelque chose est juste, honnête et que j’ai donné, non pas le maximum, mais le meilleur de moi.

Je vieillis, je ralentis mais peut être aussi que je gagne en sagesse.