Dire

J’aimerais encore pouvoir écrire avec la facilité de mes 30 ans. Quand les mots m’inventaient une contenance, une substance qui s’est depuis évaporée. J’ai ce soir une certaine nostalgie de ces mots qui savaient séduire, qui déguisaient mon désir et masquaient mes hésitations à vivre et à vraiment dire.

Ce soir je voudrais glisser sous les mots, qu’ils me prennent au corps et  dessinent un sens, une ligne d’horizon et qu’ils arrêtent pour un moment le flux de tout. Mais mon esprit aiguisé ne se laisse plus convaincre et c’est le silence qui surgit, dense de tout l’indicible d’une tranche de vie un soir de printemps. Dans ce silence apparait comme en transparence tout ce que je ne sais pas dire sans tricher. Un coeur brisé, des possibles avortés, rêvés ou effleurés. Et aussi la pulsation de mon humanité, par moment si crue, si rêche, si pleinement incarnée qu’elle étouffe et sens et verbe.

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