Lettre à mes athlètes

J’ai envie de vous dire que je vous trouve formidables, dans vos réussites comme dans vos déceptions. Votre humanité m’émeut, quand elle est mise à nue par l’effort, quel qu’il soit. Vous êtes tou.te.s si différent.e.s, certain.e.s s’identifiant comme sporti.f.ve.s d’autres rechignant à le dire car ne se sentant mal à l’aise avec une étiquette qui semble réservée à plus grand, plus fort, plus rapide. Pour moi, je vous le dis souvent, vous êtes tou.te.s des athlètes, à partir du moment où vous osez entrer dans ce terrain qu’est l’effort délibéré.

Je suis fière de notre petite communauté qui grandit chaque jour. Vous ne vous connaissez pas pour certain.e.s mais vous savez que vous êtes tou.te.s entendu.e.s dans votre humanité, dans votre globalité. J’écoute vos doutes, vos peurs et vos réticences, et suis là pour vous rappeler que moi je crois en vous, de façon inconditionnelle. Je vois que vous êtes capable de beaucoup si seulement vous vous autorisez à rêver un peu plus grand, un peu plus vaste, et d’essayer l’impossible.

Trois d’entre vous sont en ce moment sur le chemin de Compostelle. Chacune avec une motivation différente, sur un tronçon différent. Vous vivez chacune votre possible, acceptez de vous perdre pour sentir que vous ne l’êtes jamais vraiment, vous vous autorisez la pause car le corps fait trop mal, accueillez les rencontres et avez le courage de laisser partir quand le moment est venu. Vous découvrez des paysages d’une beauté insoupçonnée ou d’une banalité ennuyeuse, vous vous confiez au temps qui passe pas après pas. Vous vous ouvrez à vous même et j’ai l’immense chance d’être là pour vous accompagner. Je n’ai pas de recette, ma seule sensibilité et ma propre expérience de la solitude dans les grands espaces. Je vous parle depuis ce lieu intime qui est aussi le vôtre.

Quatre d’entre vous vous apprêtez à vous lancer sur des ultra distances. Vous êtes plus aguerris, certes, mais l’inconnu reste là. Aller à sa rencontre, savoir l’accueillir, savoir le traverser – ces distances sont toute une une vie en condensé. Elles nous laissent désarmés face aux inévitables imprévus, et viennent ébranler notre illusion que tout peut être planifié. C’est pour ça qu’on le fait aussi. Voir de quoi on est capable, sentir qu’on sait toujours se débrouiller. Oui l’effort physique est immense, mais au delà de ça, il y a votre courage, votre élan, votre confiance et c’est ça que je viendrai toujours vous rappeler même quand vous pensez que c’est trop dur, trop long, trop.

Un bon nombre d’entre vous ose encore peu embrasser votre capacité à l’effort, vous vous dîtes pas vraiment sporti.f.ve.s ou ayant juste envie de bouger un peu ou de cadrer votre pratique de yoga qui « n’est pas tout à fait un sport ». Et je vous dis que vous avez pleinement votre place, que votre potentiel est immense et j’apprends à vous le faire reconnaître. A apprécier les progrès, à cesser de vous comparer mais au contraire à pleinement embrasser qui vous êtes. Je vous aide à trouver un horizon, un projet qui vous emmène dans ces zones d’inconfort où on se découvre et on apprend à s’aimer.

Certain.e.s sont blessés ou subissent les revers d’un corps trop stimulé, d’une vie trop stressée ou de maux divers qui par leur contingence nous laissent affaiblis et découragés. Je suis là pour ça aussi, surtout pour ça peut être. Car cela ne fait pas de vous quelqu’un de moins comme ci ou moins comme ça. C’est un des nombreux aléas d’une vie en mouvement. Ces moments de creux sont aussi des moments de compréhension, des occasions de modifier notre rapport à nous-même. Je vous aide à changer de perspective sans forcer, en laissant émerger la soif de vivre qui est toujours là quelque part en nous et peut prendre des formes multiples. Nous la laissons éclore ensemble différemment le temps d’une guérison ou d’une pause forcée.

Je vous dois beaucoup, votre humanité m’a touchée et me porte dans mes propres efforts. Je sais que vous savez que je sais ce que ça fait, d’avoir mal, d’en avoir marre, de se demander pourquoi on fait ça, de douter de nos motivations. Mais aussi vous savez que je sais ce que c’est d’être dans un mouvement libre, dans une sensation de puissance, dans le flow, de célébrer pleinement la sensation de vivre. Proposer ce coaching individualisé est pour moi aussi une aventure; une ultra distance pleine de découvertes, de détours, d’hésitations et de satisfactions. J’apprends, beaucoup, non seulement sur le plan théorique – je dévore les dernières études internationales sur la physiologie du sport – mais surtout sur le plan expérientiel. J’ai commencé le yoga il y a des années, avec l’intuition que le travail du corps ne pouvait s’approcher vraiment qu’en incluant l’esprit, que l’un ne peut pas s’épanouir sans l’autre. C’est aujourd’hui ça qui me passionne, le lien corps esprit, notre faculté à gravir des montagnes si seulement on apprend à croire en soi. Et si je le fais pour moi, cela n’aura de sens, que si je le fais aussi pour vous.

Elise coache des athlètes de tout niveau, en randonnée sportive, vélo, course à pied, triathlon et aventures diverses. Pour plus d’infos, consultez explore.training.

Lettre à mes élèves

J’ai envie de vous dire de vous détendre avec qui vous êtes. Je sais que je le dis souvent sous des formes différentes. Peut être que je ne dis même que ça: je vous invite à être authentiques, à l’aise avec vous-même, honnêtes et justes dans vos actions et ressentis, clair.e.s sur vos intentions. J’ai mis des années à comprendre que tout ça ne demandait en fait aucun effort, juste de la détente.

Or la détente fait peur. Car si on se détend, alors on perd le contrôle illusoire qu’on croit avoir sur notre paraître et un peu notre être. Puis on se dit aussi que c’est bien trop simple de juste avoir à se détendre pour être heureu.x.se; ça doit être quand même bien plus difficile, il y a toutes ces postures à savoir faire, ces pratiques à maitriser et un éveil à atteindre. On se dit que si le yoga est une voie, c’est qu’il y a donc un chemin et un but, et ce chemin doit être ardu et le but relégué à un distant futur qu’on n’atteindra qu’à force de perfection.

Et non. Je revendique le non-effort et l’imperfection. A 51 ans, je ne suis plus intimidée par les difficultés du yoga, ni envieuse des postures acrobatiques sur fond de plage exotique. A 51 ans, j’étire mon corps endolori de vieille sportive quelques minutes ici et là, j’y glisse souvent un adho mukha et janu sirsasana. Je me mets rarement la tête en bas et n’ai plus du tout envie de urdva dhanurasana. Je pratique sur l’herbe du jardin, sur le parquet du salon, rarement sur mon tapis. Dès fois il est midi, d’autre fois 21h. Parfois je viens de manger, et je fais quelques torsions le ventre plein. J’invente des postures et des mouvements, souvent très simples et guidés par mon intuition; je tatônne et m’interroge sur les sensations, la respiration et mon attitude mentale. Je me moque du résultat, car je ne cherche rien. A 51 ans, j’ai arrêté d’essayer. D’essayer de faire les postures parfaites, les postures reines, les postures tout court.

Et pourtant je pense vivre au coeur de mon yoga. Justement parce qu’il est ma vie, le rappel constant d’être au plus près de moi même, d’aborder mon monde et mon expérience avec une curiosité fraiche, un sens de l’humour. Le yoga, je le vis comme tous ces moments de flow, où je laisse tomber l’effort, où je reçois la vie sans lutte, sans « il faut », sans injonction. Car le moment de yoga nous est toujours disponible si on se rend à notre tour disponible à lui.

Le yoga, je vous invite à le sortir de du périmètre de votre tapis. De le vivre non pas comme une discipline imposée mais une discipline joyeuse; comme l’opportunité de vous rapprocher de vous même, enfin, sans crainte d’y trouver quelque chose à réparer. Je me trompe peut être, je ne vous demande pas de me croire mais d’aller expérimenter cette véritable liberté d’être. Celle à laquelle nous invite le yoga tel qu’il m’a été transmis. Les postures n’ont que peu de place dans cette approche, surtout si elles sont réduites à des formes dans lesquelles on doit forcer nos corps. Cessez d’utiliser le yoga pour devenir quelqu’un d’autre, pour vous améliorer; je crois vraiment qu’en faisant ça, on passe exactement à côté de ce que le yoga a à nous offrir de plus précieux. Aimez-vos vies, sous toutes leurs facettes, moquez-vous des conventions, pratiquez vos postures quand et comme vous le voulez, plongez vous au coeur de vous même avec élan, confiance et ferveur. Et si à votre tour, vous pouvez transmettre cette foi en l’humanité et ses possibilités, alors mon yoga aura pris tout son sens.