courir avec aisance

Courir doucement, avec aisance, est la base de l’entrainement, et pourtant on a presque toujours du mal à croire que si c’est facile, et bien c’est que ça n’est pas efficace. No pain no gain, comme on dit en anglais. Sauf que, quand il s’agit de construire et entretenir une base en course à pied, et bien la lenteur est la valeur gagnante.

OK, comment ça marche tout ça? La physiologie de l’athlète est excessivement complexe, car nous ne sommes pas une simple machine qu’il suffirait d’optimiser. Enormément de facteurs – physiques, psychiques, émotionnels, environnementaux- se mêlent et varient d’une personne à l’autre. Mais pour les besoins de la démonstration, imaginons une physiologie standard.

Le développement aérobique se fait grâce à une série d’adaptations du système cardiovasculaire. En courant lentement et régulièrement, le corps améliore sa capacité à transporter l’oxygène et sa capacité à gérer la fatigue. En courant lentement, nous développons plus de capillaires et de mitochondries qui à leur tour vont fournir de l’énergie aux muscles. Ce processus appelé angiogenèse est freiné par trop d’intensité – si on court trop vite trop souvent, on empêche une partie indispensable de notre développement aérobique.

La lenteur et la régularité favorisent aussi l’adaptation neuro-squelettique. Le stress imposé de façon répétitive permet au corps de se renforcer et de pouvoir supporter plus d’impacts. Avec une bonne récupération derrière, le footing en aisance développe des ostéoblastes, qui deviennent des cellules osseuses appelées ostéocytes qui à leur tour solidifient nos os. Les fibres musculaires elles aussi se réparent en créant de nouvelles fibres, les myofibriles, plus fortes que les précédentes. Ce processus de renforcement est similaire pour les tendons et les ligaments. Plus on court régulièrement à une allure aisée, plus notre organisme se renforce en s’adaptant à la contrainte.

Les fibres musculaires vont également modifier leurs propriété pour s’adapter au travail d’endurance. Les fibres lentes regorgent de mitochondries et de capillaires car elles utilisent de l’oxygène pour nous faire aller plus loin plus longtemps. Les fibres rapides génèrent plus de force – mais elles se fatiguent beaucoup plus vite. Elles utilisent elles les glucides et sont anaérobiques, c’est à dire qu’on ne peut les utiliser que pour une durée limitée. Courir doucement développe donc les fibres lentes nécessaires à l’endurance.

Courir en aisance c’est aussi limiter les bobos physiques et psychologiques. Plus on court vite, plus on risque la blessure. Courir dans l’aisance c’est prévenir les blessures et aussi limiter le burn out psychologique. Car si tous les entrainements sont durs, on n’a tout simplement plus envie d’y aller. Courird ans la détente et l’appréciation du mouvement est la clé de la longévité dans le sport.

Le footing de base est donc dignement tranquille. Ceci dit, cela ne veut pas dire qu’il faille bannir l’intensité, elle a tout à fait sa place pour des raisons qui feront l’objet d’un autre post, mais de façon ciblée et limitée.

L’hiver je m’entraine souvent en intensité, le footing lent reste la base mais il est parsemé de strides, de fractionné et de tempo. L’été je célèbre la lenteur sur les grandes distances, petit pas après petit pas, une façon magique d’explorer les vallées et les sommets.

Voici 5 astuces pour célébrer l’aisance lors de vos footings:

  1. Rester en aisance respiratoire: ça veut dire pouvoir parler à peu près trois phrases sans être essouflé.e. Si vous pouvez raconter des histoires à un.e partenaire de course ou aux arbres, tout va bien!
  2. Sur une échelle de perception de l’effort allant de 1 à 10, on est à 3 ou 4. Evaluer notre effort de cette façon nous permet de ralentir quand on s’emballe et de revenir à une sensation de fluidité globale.
  3. On assume totalement notre allure; on se laisse doubler, on sourit, on s’arrête prendre des photos, on marche quand on en a envie, on fait de notre course un espace de totale liberté. Plus nous apprécions nos runs, mieux le corps les intègre et se renforce. Un entrainement mal vécu est un entrainement mal accepté par le système physiologique, le corps et l’esprit fonctionnent ensemble!
  4. On vit nos runs comme de petites aventures et pas comme un moment de contrainte sportive: on s’aventure dans de nouveaux lieux, on va regarder ce qu’il y a au bout de l’impasse qu’on a jamais osé visiter, on coupe à travers champs.
  5. On oublie sa montre! On mets ses baskets et on voit ce qui se passe. Peut être que le tour du pâté de maison suffira aujourd’hui, peut être qu’on sent l’énergie nous porter toute une demie journée.

Et, une 6ème astuce, non des moindres: ne prenez pas tout ça trop sérieusement, gardez votre âme d’enfant, courez par envie et plaisir, en sautant sur les troncs d’arbres, en déployant les bras et en faisant des bruits d’avion dans les descentes.

Réussite

« Je n’abandonne jamais ». Je pense que c’est le mantra le plus courant dans le monde de l’ultra endurance. La formule qui contient en trois mots persévérance, détermination, dépassement, courage, abnégation – toutes les valeurs mises en avant dans une société de la performance et de la productivité.

Enfant, on m’a appris à « toujours finir », mon assiette, mes devoirs, mon dessin, mon entrainement. A 51 ans, je me rebelle enfin et revendique la liberté de laisser les choses en plan, à moitié faites, inachevées et d’y trouver une satisfaction toute similaire à une réussite.

Il y a deux jours Jo (mon compagnon de vie et d’aventures) et moi avons pris le départ d’une course de 175k autour du Golfe du Morbihan. Evidemment ce genre d’épreuve si démesurée pose la question du pourquoi. Pourquoi courir aussi longtemps? Pour se prouver quoi? Pour atteindre quoi? J’ai toujours répondu à cette question en disant « parce que c’est possible ». Là, la motivation était moins nette, je voulais voir les paysages bretons, traverser une nuit dans les fougères et les roseaux, arriver au bateau qui relie les deux extrémités du Golfe, et surtout voir combien de temps je pouvais courir avec fluidité, sans trop de difficultés.

Je voulais une course honnête.

Elle l’a été, peut être pour la première fois depuis longtemps. Non je n’ai pas rampé jusqu’à la ligne d’arrivée, non je n’ai pas souffert une nuit de plus pour dire « je l’ai fait, je n’abandonne jamais ». J’ai couru du mieux que je pouvais puis j’ai arrêté. J’ai vu le soleil se lever sur l’océan, des nappes de brume flotter au dessus des marécages, des visages fatigués et heureux; puis j’ai moins regardé l’espace autour, mon champ s’est rétréci à mon corps. J’ai commencé à gérer les inconforts d’abord avec douceur, puis avec résilience, puis sans conviction. Continuer n’a plus eu de sens. J’ai arrêté quand je n’avais plus envie, c’est aussi simple que ça.

Pas envie de me pousser dans cette zone de souffrance physique et mentale où ma propre valeur serait déterminée par ma capacité à subir, tenir, endurer coûte que coûte jusqu’à une ligne d’arrivée qui en fait ne mène nulle part, à part à l’illusion furtive qu’on est quelqu’un d’autre que la personne qui a pris le départ. Qu’on est devenu plus admirable, plus aimable, plus fort.e, que la vie sera dorénavant différente. En anglais on appelle ça « the arrival fallacy »; l’erreur de croire qu’on est arrivé à quelque chose, ou quelque part.

Le soulagement qui vient avec l’acceptation que seule la qualité de l’expérience compte, non sa quantité, est immense. Le moment est même joyeux. Se dire, « je m’en fous complètement de traverser la ligne d’arrivée, en fait », « je n’ai absolument rien à me prouver à moi-même, ni aux autres ». « J’ai l’entière liberté de prendre le départ et d’arriver là où je veux, selon mes termes ».

Je ne suis pas en train de dire que cette attitude est désirable ou souhaitable pour tou.te.s. Je suis en train d’implicitement suggérer à toutes les personnes qui ont envie de défi démesuré, de se lancer sans pression de résultat. Car se lancer, mettre les pieds sur la ligne de départ, c’est là qu’est le moment de possible, le moment qui ouvre un espace. Et ensuite on est libre d’investir cet espace de possible comme on le veut. J’ai choisi la fluidité, courir le plus longtemps possible sans que la lutte prenne le dessus. J’ai réussi, je suis pleinement satisfaite.

Réussir n’est pas forcément franchir une ligne, réussir c’est aussi s’aimer et croire en soi sans condition de distance, de temps et de performance. Réussir est aussi parfois courir avec justesse, élégance et complicité.

Portraits volés

Je n’aime pas les villes. Paris, son bruit, sa crasse, son indifférence, son arrogance. Elle m’a fascinée plus jeune, par sa beauté classique, son énergie créatrice, son côté bohème ou blasé. Je la fuis maintenant, y fait un passage furtif une fois par an pour travailler et voir mon père, parisien invétéré.

Lors de mon dernier passage, j’ai saisi quelques visages dans les cafés ou le métro, un mouvement humain anonyme, vite oublié, des instants de vie touchantes dans leur insignifiance. Paris est peuplée de ces gens, qui eux aussi ont des histoires. En voici des bribes:









Paris, juin 2022.

« mais pourquoi tu cours? »

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Je ne peux même pas compter le nombre de fois où on me pose cette question. Suivant le ton, les circonstances ou la personne, j’entends derrière elle, soit une simple curiosité, une certaine sollicitude, ou le plus souvent un jugement négatif qui verbalisé autrement donnerait: « Mais c’est hyper mauvais pour le corps, tu n’as rien d’autre à faire? Quel vide essaies-tu de remplir? Tu cours après quoi? ».

Que répondre? Que comme toute passion, le sport est exigeant, sa pratique difficile à modérer, sa rétribution parfois riche et immense et d’autres fois décourageante et humiliante.

Je cours avant tout pour être dehors, en mouvement dans la nature. Pour couvrir du terrain, négocier des trajectoires dans la caillasse, enjamber les murets, zigzaguer entre les arbres, me frayer des chemins dans les hautes herbes, couper à travers les champs, glisser dans les pentes raides et rencontrer par endroit le confort régulier du bitume.

Je cours pour humer, toucher et gouter à la fraicheur de l’air, l’humidité des sous bois, l’odeur des pinèdes dans la chaleur, pour entendre l’appel du coucou à l’aube, et voir le vol des hirondelles à l’annonce du printemps.

Je cours pour être avec moi-même. Le mouvement répété de mon corps détend les tensions de mon esprit. Alors s’ouvre un espace de créativité, d’élan et d’enthousiasme. Quand je cours, j’ai des idées, des projets, des lignes d’horizon se dessinent et accèdent au possible.

Quand je cours, j’ai à nouveau 5 ans ou 7 ans. Je suis dans mon sud-ouest natal et l’espace est sans limite. Les clôtures sont faites pour être enjambées, les champs foulés de mes pieds, les cerises chapardées au passage. Je ne connais pas la méfiance et la crainte, la nature est mon refuge, les arbres mes amis et les fougères mes complices. Il n’y pas de règle, pas d’injonction de prudence, juste la voix de ma mère qui au loin me demande de rentrer à la nuit tombée.

Je cours par goût de l’effort. Le souffle est parfois court, les jambes crient leur inconfort dans les longues montées. Je les écoute et sais leur parler, leur dire que ensemble nous pouvons avancer, adapter notre allure, parfois nous reposer.

Je cours pour oublier. Oublier les contraintes, les territoires étriqués où je me sens enfermée. Les « il faut », « tu es » et « tu devrais ».

Je cours pour me retrouver, dans mon possible, ma puissance et mon potentiel.

Coin coaching: sport et récupération

Je n’ai pas de background scientifique – en tous cas pas en sciences dures – mais je m’intéresse aux sensations de mon corps, aux ressentis des athlètes que je coache. Pour mieux les comprendre, j’étudie la physio du sport avec avidité. Une de mes sources d’inspiration sont les articles de David et Megan Roche qui sont aussi mes coachs. Je lis les articles de David, écoute les podcasts de Megan, puis étudie les sources qu’ils citent et se dessine petit à petit une argumentation informée capable de mieux décrypter mon ressenti. Je ne me positionne donc pas comme experte, mais comme coach passionnée et curieuse, cherchant des bases solides aux grandes vérités circulant sur l’entrainement sportif.

En voilà une justement de grande vérité: « la récupération ou le repos font partie de l’entrainement », OK mais pourquoi?

Les athlètes, confirmé.e.s comme amateur.e.s, voient souvent les jours de repos comme du temps perdu, une occasion manquée de progresser ou même un pas en arrière. En réalité, des jours de repos et de récupération planifiés régulièrement sont nécessaires à toute progression – le repos aide l’ensemble de notre organisme, de ses cellules à son système nerveux.

S’entrainer sans laisser de place à des périodes d’adaptation revient à de la lente destruction. Dans le monde du sport d’endurance on a tendance à penser que s’entrainer bien c’est s’entrainer beaucoup, voire tout le temps; mais en fait en ne laissant pas de place au repos, on se détruit à petit feu. S’entrainer revient à créer une charge (souvent appelée « stress » dans ce contexte), ce stress impacte l’organisme (le système squelettique et musculaire, endocrinien, nerveux et psychologique) qui pour y répondre va se renforcer. Seulement faut-il lui laisser l’espace pour le faire. C’est là qu’intervient le repos planifié.

Regardons tout d’abord les effets du stress chronique – c’est à dire de l’entrainement continu – sur le système endocrinien. Une étude de 2018 dans le journal Hormones et une autre étude de 2020 dans International Journal of Environmental Research and Public Health démontre que le taux de testostérone chute chez les athlètes masculins (10% après un an, 30% après plusieurs années) qui subissent de gros volumes d’entrainement. Ce lien entre les hormones et l’entrainement est plus difficile à étudier chez les femmes à cause du cycle menstruel mais on pourrait remplir des brouettes avec les études qui montrent la relation entre sur-entrainement et désordre hormonal massif avec les conséquences qui suivent (sautes d’humeur, dépression, prise de poids, anémie, aménorrhée, fatigue chronique, etc…).

Un article de 2019 dans International Journal of Sports Nutrition and Exercice Metabolism décrit la façon dont même un petit décalage entre l’apport et la consommation d’énergie chez des sporti.f.ve.s peut pertuber la régulation hormonale, la densité osseuse, augmenter le risque de blessure et réduire l’adaptation à la charge d’entrainement. C’est un rappel convaincant qu’il faut manger quand on fait du sport, les effets sur le système endocrinien se font ressentir même au cours d’une seule journée de jeûne ou d’apport calorique insuffisant (voir: étude de 2017 sur des athlètes féminines, étude de 2018 sur des athlètes masculins).

S’entrainer fait également augmenter le taux de cortisol (communément appelée l’hormone du stress); sans temps de repos, le maintien d’un taux élevé aura des conséquences diverses tant au niveau physique que psychologique.

A retenir: pour que nos entrainements soient efficaces, nous avons besoin d’un système endocrinien stable. Si on laisse le pied constamment sur l’accélérateur, le moteur crame.

Les effets d’un manque de repos sur le système musculaire et squelettique maintenant: la plupart de nos blessures de sporti.f.ve.s commencent pas de minuscules changements dans nos tissus connectifs ou nos os. A cette étape précoce, c’est d’ailleurs souvent un stimulus pour que le corps se répare et se renforce, et c’est donc l’effet positif de l’entrainement. Souvent un jour de repos suffit à créer cette adaptation positive et à revenir plus fort.e. Mais si on ignore les avant signes de blessures, alors le jour off qu’on s’est refusé à un moment se transforme en semaines ou mois de repos forcé. S’accorder un jour de repos par semaine est une façon de prévenir ce genre de scénario; on se donne le temps de guérir des micros lésions, et de devenir plus résilient.e.s.

Cette étude de 2016 publiée dans Physiology Reports montre que quand un.e athlète s’offre des jours de repos en fonction de son taux de créatine kinase (qui permet d’évaluer les lésions musculaires post entrainement), cette personne non seulement ne se blesse pas mais progresse en vitesse d’endurance.

A retenir: des jours de repos planifiés à l’avance soutiennent l’adaptation et évitent des périodes de repos forcé.

Au tour du système nerveux et du stress maintenant: quel est l’effet du surentrainement?

Ne pas prendre en compte son stress physique et mental (le corps ne fait pas la différence entre les deux, on récupère physiquement moins bien d’un entrainement quand on est mentalement stressé), peut nous mener au syndrome du surentrainement. J’ai parlé du surentrainement jusqu’ici comme un manque de repos, c’est aussi le terme clinique donné à un état de fatigue chronique, où le corps ne récupère plus et les performances baissent (voir l’article dans Current Sports Medicine Reports). Nous l’avons dit plus haut, tout type de stress est absorbé et traité par le système nerveux. Dans le doute, si on se sent stressé.e ou qu’on a une baisse d’énergie, on se repose au lieu d’aller faire l’entrainement prévu.

A retenir: Se « pousser » dans le rouge un jour où on se sent fatigué.e peut présenter des risques pour notre santé et notre performance à long terme.

Pour résumer: reposez-vous une fois par semaine (du vrai repos, pas des séances intenses de bricolage, de déménagement, de ménage, de jardinage). Soyez fièr.e.s de vos jours de repos. L’entrainement ne fait pas des champion.ne.s, la récupération fait des champion.nes.

Ce post est largement inspiré de l’excellent article de David Roche et est utilisé ici avec sa permission.

Lettre à mes athlètes

J’ai envie de vous dire que je vous trouve formidables, dans vos réussites comme dans vos déceptions. Votre humanité m’émeut, quand elle est mise à nue par l’effort, quel qu’il soit. Vous êtes tou.te.s si différent.e.s, certain.e.s s’identifiant comme sporti.f.ve.s d’autres rechignant à le dire car ne se sentant mal à l’aise avec une étiquette qui semble réservée à plus grand, plus fort, plus rapide. Pour moi, je vous le dis souvent, vous êtes tou.te.s des athlètes, à partir du moment où vous osez entrer dans ce terrain qu’est l’effort délibéré.

Je suis fière de notre petite communauté qui grandit chaque jour. Vous ne vous connaissez pas pour certain.e.s mais vous savez que vous êtes tou.te.s entendu.e.s dans votre humanité, dans votre globalité. J’écoute vos doutes, vos peurs et vos réticences, et suis là pour vous rappeler que moi je crois en vous, de façon inconditionnelle. Je vois que vous êtes capable de beaucoup si seulement vous vous autorisez à rêver un peu plus grand, un peu plus vaste, et d’essayer l’impossible.

Trois d’entre vous sont en ce moment sur le chemin de Compostelle. Chacune avec une motivation différente, sur un tronçon différent. Vous vivez chacune votre possible, acceptez de vous perdre pour sentir que vous ne l’êtes jamais vraiment, vous vous autorisez la pause car le corps fait trop mal, accueillez les rencontres et avez le courage de laisser partir quand le moment est venu. Vous découvrez des paysages d’une beauté insoupçonnée ou d’une banalité ennuyeuse, vous vous confiez au temps qui passe pas après pas. Vous vous ouvrez à vous même et j’ai l’immense chance d’être là pour vous accompagner. Je n’ai pas de recette, ma seule sensibilité et ma propre expérience de la solitude dans les grands espaces. Je vous parle depuis ce lieu intime qui est aussi le vôtre.

Quatre d’entre vous vous apprêtez à vous lancer sur des ultra distances. Vous êtes plus aguerris, certes, mais l’inconnu reste là. Aller à sa rencontre, savoir l’accueillir, savoir le traverser – ces distances sont toute une une vie en condensé. Elles nous laissent désarmés face aux inévitables imprévus, et viennent ébranler notre illusion que tout peut être planifié. C’est pour ça qu’on le fait aussi. Voir de quoi on est capable, sentir qu’on sait toujours se débrouiller. Oui l’effort physique est immense, mais au delà de ça, il y a votre courage, votre élan, votre confiance et c’est ça que je viendrai toujours vous rappeler même quand vous pensez que c’est trop dur, trop long, trop.

Un bon nombre d’entre vous ose encore peu embrasser votre capacité à l’effort, vous vous dîtes pas vraiment sporti.f.ve.s ou ayant juste envie de bouger un peu ou de cadrer votre pratique de yoga qui « n’est pas tout à fait un sport ». Et je vous dis que vous avez pleinement votre place, que votre potentiel est immense et j’apprends à vous le faire reconnaître. A apprécier les progrès, à cesser de vous comparer mais au contraire à pleinement embrasser qui vous êtes. Je vous aide à trouver un horizon, un projet qui vous emmène dans ces zones d’inconfort où on se découvre et on apprend à s’aimer.

Certain.e.s sont blessés ou subissent les revers d’un corps trop stimulé, d’une vie trop stressée ou de maux divers qui par leur contingence nous laissent affaiblis et découragés. Je suis là pour ça aussi, surtout pour ça peut être. Car cela ne fait pas de vous quelqu’un de moins comme ci ou moins comme ça. C’est un des nombreux aléas d’une vie en mouvement. Ces moments de creux sont aussi des moments de compréhension, des occasions de modifier notre rapport à nous-même. Je vous aide à changer de perspective sans forcer, en laissant émerger la soif de vivre qui est toujours là quelque part en nous et peut prendre des formes multiples. Nous la laissons éclore ensemble différemment le temps d’une guérison ou d’une pause forcée.

Je vous dois beaucoup, votre humanité m’a touchée et me porte dans mes propres efforts. Je sais que vous savez que je sais ce que ça fait, d’avoir mal, d’en avoir marre, de se demander pourquoi on fait ça, de douter de nos motivations. Mais aussi vous savez que je sais ce que c’est d’être dans un mouvement libre, dans une sensation de puissance, dans le flow, de célébrer pleinement la sensation de vivre. Proposer ce coaching individualisé est pour moi aussi une aventure; une ultra distance pleine de découvertes, de détours, d’hésitations et de satisfactions. J’apprends, beaucoup, non seulement sur le plan théorique – je dévore les dernières études internationales sur la physiologie du sport – mais surtout sur le plan expérientiel. J’ai commencé le yoga il y a des années, avec l’intuition que le travail du corps ne pouvait s’approcher vraiment qu’en incluant l’esprit, que l’un ne peut pas s’épanouir sans l’autre. C’est aujourd’hui ça qui me passionne, le lien corps esprit, notre faculté à gravir des montagnes si seulement on apprend à croire en soi. Et si je le fais pour moi, cela n’aura de sens, que si je le fais aussi pour vous.

Elise coache des athlètes de tout niveau, en randonnée sportive, vélo, course à pied, triathlon et aventures diverses. Pour plus d’infos, consultez explore.training.

Lettre à mes élèves

J’ai envie de vous dire de vous détendre avec qui vous êtes. Je sais que je le dis souvent sous des formes différentes. Peut être que je ne dis même que ça: je vous invite à être authentiques, à l’aise avec vous-même, honnêtes et justes dans vos actions et ressentis, clair.e.s sur vos intentions. J’ai mis des années à comprendre que tout ça ne demandait en fait aucun effort, juste de la détente.

Or la détente fait peur. Car si on se détend, alors on perd le contrôle illusoire qu’on croit avoir sur notre paraître et un peu notre être. Puis on se dit aussi que c’est bien trop simple de juste avoir à se détendre pour être heureu.x.se; ça doit être quand même bien plus difficile, il y a toutes ces postures à savoir faire, ces pratiques à maitriser et un éveil à atteindre. On se dit que si le yoga est une voie, c’est qu’il y a donc un chemin et un but, et ce chemin doit être ardu et le but relégué à un distant futur qu’on n’atteindra qu’à force de perfection.

Et non. Je revendique le non-effort et l’imperfection. A 51 ans, je ne suis plus intimidée par les difficultés du yoga, ni envieuse des postures acrobatiques sur fond de plage exotique. A 51 ans, j’étire mon corps endolori de vieille sportive quelques minutes ici et là, j’y glisse souvent un adho mukha et janu sirsasana. Je me mets rarement la tête en bas et n’ai plus du tout envie de urdva dhanurasana. Je pratique sur l’herbe du jardin, sur le parquet du salon, rarement sur mon tapis. Dès fois il est midi, d’autre fois 21h. Parfois je viens de manger, et je fais quelques torsions le ventre plein. J’invente des postures et des mouvements, souvent très simples et guidés par mon intuition; je tatônne et m’interroge sur les sensations, la respiration et mon attitude mentale. Je me moque du résultat, car je ne cherche rien. A 51 ans, j’ai arrêté d’essayer. D’essayer de faire les postures parfaites, les postures reines, les postures tout court.

Et pourtant je pense vivre au coeur de mon yoga. Justement parce qu’il est ma vie, le rappel constant d’être au plus près de moi même, d’aborder mon monde et mon expérience avec une curiosité fraiche, un sens de l’humour. Le yoga, je le vis comme tous ces moments de flow, où je laisse tomber l’effort, où je reçois la vie sans lutte, sans « il faut », sans injonction. Car le moment de yoga nous est toujours disponible si on se rend à notre tour disponible à lui.

Le yoga, je vous invite à le sortir de du périmètre de votre tapis. De le vivre non pas comme une discipline imposée mais une discipline joyeuse; comme l’opportunité de vous rapprocher de vous même, enfin, sans crainte d’y trouver quelque chose à réparer. Je me trompe peut être, je ne vous demande pas de me croire mais d’aller expérimenter cette véritable liberté d’être. Celle à laquelle nous invite le yoga tel qu’il m’a été transmis. Les postures n’ont que peu de place dans cette approche, surtout si elles sont réduites à des formes dans lesquelles on doit forcer nos corps. Cessez d’utiliser le yoga pour devenir quelqu’un d’autre, pour vous améliorer; je crois vraiment qu’en faisant ça, on passe exactement à côté de ce que le yoga a à nous offrir de plus précieux. Aimez-vos vies, sous toutes leurs facettes, moquez-vous des conventions, pratiquez vos postures quand et comme vous le voulez, plongez vous au coeur de vous même avec élan, confiance et ferveur. Et si à votre tour, vous pouvez transmettre cette foi en l’humanité et ses possibilités, alors mon yoga aura pris tout son sens.

La Baroudeuse: aller vers soi, à deux

C’était en décembre. Les confinements répétés et les projets avortés formaient un climat morose. J’ai alors cherché sur internet un horizon nouveau même si incertain, et je suis tombée dessus : la Baroudeuse, épreuve d’ultra cyclisme en autonomie. Le nom m’a fait sourire, le concept emballé : pas d’objectif de performance affiché, pas d’aventure encadrée et ultra sécurisée mais de la débrouillardise pure et dure dans les montagnes que j’aime tant. J’en ai parlé à Jo et nous ai offert l’inscription comme cadeau de Noël.

Six mois plus tard. La Baroudeuse est terminée en 62h, on est rentrés dans nos montagnes, fatigués mais chargés de confiance, d’élan et de sentiment de notre propre puissance. C’est surtout de ça dont j’ai envie de parler. Les détails techniques ou même physiques m’intéressent moins, la Baroudeuse est avant tout pour moi une expérience humaine, une exploration de qui on est, de notre rapport à nous-mêmes et au monde.

Non pas que ce ne soit pas un énorme défi physique, un gros challenge sportif. C’est dur, très dur par moment, imprévisible, parfois pervers, souvent magnifique et toujours passionnant. Je n’y vois pas de « dépassement de soi ». Je déteste d’ailleurs cette expression, je ne comprends même pas ce qu’elle veut dire. Je vois plutôt cet ultra en autonomie comme un chemin vers soi, un accueil de soi inconditionnel quelque soit l’état physique et mental que nous traversons. Bien sûr j’ai eu mal au c…, au genou, au dos, j’ai eu faim, soif, trop froid, trop chaud, n’ai pas assez dormi… mais c’est justement dans ces moments là que j’ai pu trouver des ressources, car je sais que l’aventure n’est jamais idéale. Ce qui me plait avant tout est de savoir que je sais me débrouiller, adapter, accommoder, persévérer, gérer et continuer à avancer. J’aime sentir que je peux faire avec, quoi qu’il se passe dans le moment. Faire avec, pas contre. Un espace de possible peut alors s’ouvrir et les inévitables inconforts s’intègrent d’eux même dans une expérience plus vaste. Une expérience à deux pour cette Baroudeuse.

Jo et moi formons une team solide. On a l’habitude d’être dans la nature ensemble, d’explorer de nouveaux sentiers ; on est à l’aise avec le silence, les agacements suscités par l’un ou par l’autre, on se sourit souvent dans l’effort et on se soutient toujours. Jojo est méthodique et ultra organisé. Je suis un peu bordélique et tourne toute tentative d’organisation en dérision. On se complète. On est surtout alignés sur la façon dont nous vivons nos sports. On a rarement l’impression de s’entrainer, presque toujours l’impression d’explorer. On s’est crée de petites aventures en guise de préparation – des bivouacs sur les sommets, un marathon autour de la maison, des parcours improvisés de plusieurs jours en vélo. Tout ça sans montre. A respectivement 50 et 60 ans, nos années de compétition sont derrière nous, le sport n’est pas une activité que nous faisons pour nous prouver quoi que ce soit ou nous comparer à d’autres, c’est un mode de vie. Et la Baroudeuse a raisonné avec ça : pas de classement, un baroudeur camp en pleine nature, des organisateurs authentiques et passionnés, une simplicité rare dans l’industrie grandissante du sport extrême.

Nous avons une certaine expérience, ou plutôt des expériences variées qui nous rendent curieux de toute nouvelle aventure. Jojo a fait beaucoup de raids de plusieurs jours, voire semaines dans tous les coins de la planète. J’aime l’ultra trail, l’alpinisme et les expéditions longues en très haute altitude. Bref, on a l’habitude des trucs qui merdent et qui foirent, des trucs qui font mal et qui découragent. Mais c’est fort de vivre cette expérience à deux. On est admiratif des capacités de chacun, une vraie égalité homme/femme si rare dans le sport.

A ce propos, Mesdames, et Messieurs aussi, je vais mettre les pieds dans le plat sur un sujet qui me tient à cœur, en espérant motiver quelques lectrices à se laisser tenter par la Baroudeuse. Il n’y a pas, je crois, d’égalité physiologique hommes/femmes. C’est en tous cas ce que j’apprends auprès de Dr Stacy Sims, la spécialiste mondiale en la matière auprès de laquelle je me forme en ce moment. Pendant la phase lutéale ou la péri-ménopause (mon cas), les athlètes féminines galèrent objectivement plus que les hommes : température corporelle plus élevée et transpiration plus tardive et moins abondante, moins de capacité à mobiliser les glucides qui sont pourtant à leur maximum de stockage, moins de leucine vers le cerveau qui envoie moins de signaux vers les muscles, plus de besoin en protéines pour enrayer le processus catabolique qui freine et retarde la récupération musculaire. Bref, c’est un peu la loose. Et pour la petite histoire, la Baroudeuse est tombée au pire moment de mon cycle en terme de possibilité de performance, mais je l’ai terminée et plutôt dignement.

Car s’il n’y a pas d’égalité physiologique, cela ne veut pas dire qu’on ne peut pas aspirer à une équité hommes/femmes, c’est à dire une égalité dans l’accès à ce type d’épreuve. Les femmes peuvent aussi rêver grand en participant à la Baroudeuse, car elles ont aussi cette capacité à naviguer les inconforts comme les moments d’euphorie. Je n’ai pas de talent particulier pour le gravel bike, je m’y suis mise il y a un an, je suis peu habituée aux terrains très techniques ;  j’ai toujours été très sportive mais j’ai aussi 50 piges. Ce qui est le plus important est que je crois en moi ; non pas avec arrogance, mais avec honnêteté. Je sais que je peux gérer l’effort à mon rythme, instant après instant et avoir une véritable appréciation de mes possibilités humaines, pas uniquement sportives ou féminines. J’aimerais voir plus de femmes participer dans les années à venir, pas pour prouver une performance mais par amour et juste appréciation de leur propre valeur.

La Baroudeuse est exigeante, elle nous met face à nous même et c’est pour cela qu’on l’a tant aimée. Le 317k est pour moi l’équilibre parfait entre le défi et l’accomplissement. De la caillasse à perte de vue qu’un corps épuisé doit affronter sous un soleil débilitant mais aussi un plat de pâtes sur la place du village de Pigna. Du manque de sommeil mais aussi quelques heures de repos sous les étoiles et une courte nuit chez Nadia rencontrée par hasard à un moment de grosse fatigue. Une chute, un peu de casse mais aussi des paysages majestueux au lever du jour.

Arriver à Peille et être accueillis par Cédric et Coralie au bout de 62h dans la nature, c’est un peu comme arriver chez des copains. On se sent pleinement et simplement appréciés dans notre effort et surtout dans notre humanité.

Textures

Des surfaces sèches, rugueuses, rouillées et travaillées par le vent, la mer et le sel.

La douceur infinie du bleu du ciel et de l’eau, les reflets lisses du soleil sur le calcaire au blanc de crème.

Les contrastes complexifient notre vision du monde. Le rendent dense, riche, épais et parfois illisible. C’est ici l’interdépendance de tout qui se manifeste, un monde où chaque phénomène est appuyé sur un autre, une réalité par essence multidimensionnelle.

Plonger dans la texture du monde c’est aussi aller à sa rencontre. Le simplifier pour le rendre lisible c’est l’ignorer et nous ignorer nous-mêmes dans notre dimension plurielle et mystérieuse

Reprendre le sport après une blessure

C’est un travail de patience et d’humilité. C’est surtout une appréciation renouvelée de la possibilité même du mouvement. Plus lent, moins efficace mais intensément présent et habité.

Aujourd’hui 4ème jour de vélo après plus de trois semaines d’interruption. Pas plus de 1h30. Je complète avec du yoga, du travail de force que je n’ai d’ailleurs pas arrêté, seulement adapté. J’ai d’ailleurs aimé inventer des postures ne sollicitant pas les mouvements latéraux de la cheville afin de protéger deux ligaments très abîmés. Être blessée c’est aussi être créative et inventive.

Pratiquer le yoga et le sport avec une blessure est un travail de grande précision, demandant une attention continue et beaucoup de douceur. Sur mon vélo, je pédale sans à coup, laisse Jo me donner le rythme en côte et surveille mon souffle que je cherche à garder fluide. Ma base cardio est bien moins bonne – rien demandé surprenant après trois semaines d’interruption – mais j’aime ce travail de patience, cette écoute qu’il faut renouveler jour après jour avec confiance et sans projet de performance.

Cette entorse – certes qualifiée de « grave » – une opportunité retrouvée de pratiquer le mouvement conscient et juste.