Chronique d’un voyage au sommet. J 1

Le flight tracker indique que j’ai basculé dans l’hémisphère sud et que je suis quelque part au dessus de l’Amérique Latine, Sau Paulo peut être. Je n’ai qu’une vague idée du temps passé, 12 h peut être. Je n’ai pas de montre et me laisse porter par le temps distendu du voyage.

J’ai un peu dormi, plus que n’importe quel vol transatlantique d’ailleurs. Il fait froid, la jeune fille à ma gauche a disparu sous un jeu de couvertures orange. Les images silencieuses des écrans alentours dansent sous mes yeux et me fatiguent la vue. J’essaie pourtant de reconstruire le scénario du film d’action que regarde le passager devant moi. C’est épuisant et je ferme les yeux.

Plus tôt je me suis levée pour étirer mon corps endolori par la position assise. J’ai eu peu d’occasions, les turbulences continues au dessus de l’Atlantique m’ont vissé à mon siège pendant plusieurs heures. J’ai alors écouté un groupe de français un peu vulgaires parler de l’Aconcagua. J’ai senti une pointe de déception que le secret de ma destination finale soit révélée par leur anticipation bruyante.

Je suis contente d’être seule et la longueur du vol est bienvenue. C’est une transition nécessaire pour que mon imaginaire si actif ces derniers jours puisse enfin s’apaiser. Cette semaine a été saturée des constructions de mon esprit, de toutes ces histoires que je bâtis pour imaginer des possibles et qui sont ensuite gentiment bousculés par la réalité.

Ici je suis suspendue, mon imagination est lasse et lente, et je peux me laisser glisser dans cet état de demie veille qui est le privilège des longs voyages.

Vieillir un peu et aller plus haut

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Les mois sont passés, le temps s’est resserré et dans trois semaines à peine, je m’envolerai pour l’Argentine. La première fois dans l’hémisphère Sud, j’ai hâte de me perdre dans une langue que je ne parle pas, dans un lieu où je n’ai pas de repère, et de gouter à la liberté qui vient avec le nomadisme et les territoires inconnus.

Demain j’aurai 49 ans, je n’y crois pas vraiment, ce n’est pas moi cette quarantenaire IMG_9965vieillissante qui rêve encore comme une gamine de nouveaux horizons. Mon corps est entrainé, mon esprit ouvert, comme il y a 20 ans; l’angoisse latente, souvent sans objet, qui me ronge parfois est peut être le signe des années, j’ai perdu en nonchalance mais pas en désir.

Je me projette déjà dans la longue marche qui va me mener en haut de l’Aconcagua, à 6962m, le plus haut sommet hors d’Asie, un des « 7 summits ». Il fera chaud les premiers jours malgré l’altitude de départ (3000m), le sac sera lourd, les nuits courtes et inconfortables. J’ai envie de me m’immerger dans le rythme long et lent de la marche d’approche, de sentir le soleil d’un autre hémisphère, de traverser des rivières inconnues et de m’enfouir dans la simplicité du mouvement.

Le froid glacial qui nous attend en altitude est très abstrait pour moi depuis ma Provence où le soleil d’hiver réchauffe encore. Le couloir de mon appartement est jonché de polaires, de doudounes, moufles grand froid et autre matériel, tout cela sera bientôt sur mon dos, dans un immense sac qui dépassera de plus de 30 cm au dessus de ma tête.

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L’équipe est composée de Sunny, notre leader, alpiniste professionnelle, détentrice du record de vitesse sur l’ascension de l’Aconcagua et ultra traileuse chevronnée. Andrea travaille pour la préservation de l’environnement dans l’Oregon et habite avec son mari et ses deux enfants dans un school bus américain. Alex est sommelière dans le Nord Est Américain et ancienne grimpeuse pro. Je complète cette cordée toute féminine, avec quelques années de plus, parfois moins d’expérience mais une passion pour la montagne qui m’habite depuis toujours. Nous sommes une belle équipe de débrouillardes et savons traverser les inconforts des longs efforts d’endurance.

Je serai le 10 janvier à Mendoza, nous commencerons notre marche d’approche le 13 janvier, nous avons prévu être au camp 1 le 18 janvier, au camp 2 le 22 janvier, au camp 3 deux jours plus tard pour une tentative de sommet le 25 janvier si la fenêtre météo et la forme sont là. Puis redescente vers la vallée et retour en France le 1er février. Nous aurons fait 9753 mètres de dénivelé, la plupart au dessus de 5000 mètres d’altitude, et un total de 67,5 km. Le manque d’oxygène, le froid et le poids des sacs seront les paramètres les plus difficiles à gérer, l’ascension ne sera pas très technique, même si le manque de neige cette année rend certains passages plus dangereux.

Ma forme générale est très bonne mis à part le petit rhume de saison et la fatigue de fin de semestre. J’ai passé mon été à courir dans les alpes et grimper sur les sommets; mon corps est résistant, je peux maintenant faire beaucoup de dénivelé positif et négatif sans aucune courbature les jours qui suivent. Plus que tout, les gros efforts sportifs ne me font pas peur et me semblent même accessibles. J’ai déjà en tête de beaux projets pour 2020 à mon retour d’expédition: un 100km dans l’Aubrac et la traversée des alpes en solo du Lac Léman à Menton par le GR5 et ses variantes.

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Certains voient mes incessants projets comme une fuite en avant, jamais satisfaite. Je dirais que c’est dans ce mouvement qui tend vers l’horizon des possibles que j’aspire à m’accomplir et à inspirer chaque femme à trouver en elle ce petit grain de folie, de gaminerie, cette belle dose de force et de débrouillardise qui fait notre pleine humanité.

Je remercie du fond du coeur tous ceux qui ont soutenu ce projet au fil des mois. Grâce à vous je vais me rapprocher un peu plus près du ciel et ramener un morceau de rêve.

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Chase your dreams, however crazy they might seem. With all my heart,

Elise

 

Là haut où la terre touche le ciel

Le 1er janvier de chaque année, nous avons un rituel dans ma communauté bouddhiste qui consiste à faire un grand feu de genévrier –un lhasang –.  Une colonne de fumée blanche émerge dans la brume du matin et étire la rosée déposée sur les herbes vers les lueurs du soleil levant.  Une de ses significations est d’unir symboliquement la terre et le ciel, les préoccupations de notre quotidien et notre vision plus vaste, le mondain et le spirituel. Lors de cette cérémonie, nous brûlons deux petits bouts de papier où nous inscrivons une chose que nous voulons laisser derrière nous pour la nouvelle année et une qualité que nous voulons cultiver.

Cette année j’ai brûlé « simplicité ». Et l’autre bout de papier? Je ne m’en souviens plus, certainement une déclinaison sur « anxiété ». Toujours est-il que la simplicité est étonnamment compliquée à cultiver. Moi qui intellectualise à peu près tout, j’arrive à ce genre de paradoxe conceptuel et m’y empêtre. Oui, je vois l’ironie.

Simplifier c’est revenir à une qualité de présence authentique. Etre avec ce qui est là, maintenant, agréable ou pas. C’est sentir mon souffle, mon corps qui se déplace dans l’espace. Un pied devant l’autre sur les sentiers, les yeux ouverts vers le monde, le regard franc et frais.

Simplifier, c’est être touchée au plus profond du coeur par la beauté du monde et être pleinement satisfaite de juste ça. C’est être à la fois, en même temps dans l’espace du coeur et dans l’espace du monde. Dans mondain et le spirituel. Sur la terre et dans le ciel.

S’il y a un lieu qui pour moi puisse condenser ce moment de cohésion, de communication pure du coeur et du monde, de simplicité absolue, il est sur les montagnes, dans le bleu des glaciers et le rose du ciel au lever du jour.

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Début juillet, j’ai rejoint une cordée qui partait pour l’ascension de la Roche Faurio (3740m) dans les Ecrins. C’est un sommet assez peu technique par la voie normale, il y a juste une traversée d’arête impressionnante et vertigineuse sur la fin avant d’atteindre le sommet. Notre cordée était composée de Sylvain, le guide, Baptise et Noémie, un jeune couple de grimpeurs québécois et de moi-même, amoureuse de la montagne mais peu expérimentée en alpinisme.

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Notre premier jour était une école de glace ou comment grimper des pentes à 60 degrés sur le glacier avec des crampons et un piolet. C’était fun, je me suis vite pris au jeu.  Il faut être précise, forte, simplifier les mouvements au maximum pour conserver de l’énergie.

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Après une nuit sans sommeil au refuge des Ecrins (3100m), lever à 3h du mat pour un départ 40 min plus tard. Je suis assez habituée aux nuits courtes avant mes explorations sportives, je sais que l’absence ou le manque de sommeil ne joue que très peu sur le jour suivant. Ce matin là, je m’ajoute un obstacle de plus en simplifiant littéralement mon matériel: ma frontale pourtant high tech s’est déchargée pendant la nuit et que je vais donc devoir commencer l’ascension à la simple lueur de la lune. Je suis étonnamment tranquille avec cette idée, elle me fait plutôt rire même. Nous sommes tous les quatre d’excellente humeur, en très bonne forme physique et doublons trois cordées lancées vers la Barre des Ecrins.  Je ferme la marche, je ne vois que très mal le relief du glacier mais me sens enveloppée par la nuit et par notre avancée silencieuse. De temps à autre Noémie me lance un « attention crevasse » et je scrute le sol avec un peu plus de vigilance.

Sylvain décide d’abandonner la voie normale et de pimenter notre ascension en fonçant tout droit dans la pente. Nous suivons derrière, cela devient très raide mais suffisamment glacé pour que les crampons et le piolet accrochent bien. L’effort est difficile mais notre groupe est homogène et nous avançons comme un seul corps. Les premières lueurs du jour pointent lorsque nous arrivons sur une première arête enneigée avec le Dôme et la Barre en toile de fond. Je n’ai pas de mots, le spectacle est somptueux, je me dis que je pourrais être là toujours. Nous faisons une petite pause, je prends quelques photos, j’échange quelques mots. Ma tête tourne, j’ai un peu peur que ce soit l’altitude, étant la seule non acclimatée. Je me rassure, ma base cardio est solide, je reviens à mon souffle, à mon corps, à la terre.

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Nous reprenons l’ascension, la trace est parfois faite de neige et de glace, parfois de rochers sur lesquels les crampons font un bruit strident qui nous ramène au sol. Le mouvement me fait du bien, ma sensation de fragilité était passagère, je me sens à nouveau complètement présente et forte.

Nous attaquons la dernière partie, cette fameuse arête aux flancs vertigineux qui s’enfoncent des centaines de mètres plus bas dans une vallée étroite et sombre. Baptiste et Noémie avouent avoir peur et leurs pas se font hésitants. Je ne pense presque plus à mes pieds, mon regard ne cesse de sillonner cet espace infini et me donne un horizon stable vers lequel avancer. Je ne sais pas si j’ai peur, je ne me pose pas vraiment la question. Il n’y a plus de place pour les émotions de ce type, je suis emplie d’un tout autre sentiment, celui de juste être, simplement être.

L’ironie est là toujours, il m’a fallu monter haut, très haut, faire ce chemin difficile pour trouver ce qui était toujours déjà là, la puissance du coeur, simple et dénudée, rayonnant ici vers les sommets et les vallées.

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Au sommet, nous nous arrêtons quelques instants. Je ne sais pas si Sylvain perçoit mon enthousiasme, nous sommes tous très silencieux devant un tel spectacle, mais il me demande de redescendre en tête de cordée. Il y a une explication pratique à cela, j’étais la dernière, nous sommes comme des funambules sur cette arrête rocheuse, il est bien plus simple que je reparte la première. Cependant, je suis maintenant responsable des personnes derrière moi, je dois déchiffrer le chemin, choisir les prises et trouver un rythme collectif. La confiance que vient de me faire Sylvain est un immense cadeau qui me porte encore au moment où j’écris ces mots. Alors que je retrace nos pas sur cette arête, j’ai le coeur plein et marche comme sur un fil tendu au dessus du monde, je touche le ciel et frôle la terre.

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Je n’ai jamais rien vu d’aussi beau. J’ai vécu cette expérience comme un honneur. Cet espace où la terre et le ciel se rencontrent n’est pas fait pour l’homme, il est austère et rude, et c’est un privilège de pouvoir le traverser et y rencontrer la simplicité de juste être. Plein à la fois de notre propre puissance et de notre insignifiance.

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Ces pas me guident confiante et heureuse vers l’Aconcagua. Le billet d’avion pour Mendoza est acheté en grande partie grâce à vos dons, il reste beaucoup de choses encore à financer: l’assurance haute altitude, l’expédition elle-même, le permis d’accès au sommet, le matériel. Mais je me sens portée par mes expériences montagnardes et votre soutien si précieux quel que soit la forme qu’il prenne. J’ai eu quelques doutes ces derniers temps — trop cher, trop loin, trop égoïste — ma coach Megan a eu ses mots: « it is investing in happiness, you can never doubt that ».

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Courir comme on médite

J’ai parcouru des kilomètres depuis le mois de février; sur des sentiers rocailleux, dans la neige et la glace, sur les routes de campagne, au fond des vallées et sur quelques sommets. Très souvent seule avec mon esprit et mon corps pour seuls compagnons. Des heures méditatives et silencieuses, des heures pénibles et douloureuses, des heures dans le flux de la vie.

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Je ne fais pas de la course à pied un objet conscient de méditation, c’est plutôt les longues heures passées sur le coussin, les années de pratique qui se déversent naturellement dans le restant de ma vie. Quand je cours j’explore aussi mon environnement intime, les sensations de mon corps, les reliefs de mon esprit, pas comme un projet, mais comme la continuation naturelle du mouvement de mon corps.

Le mois dernier, en avril, j’ai enseigné une retraite de méditation et course à pied à Dechen Choling, mon centre bouddhiste situé dans le Limousin. Je suis arrivée avec quelques idées que j’ai laissé flotter pour qu’elles puissent épouser les énergies du lieu et des participants et créer une cartographie éphémère de notre territoire collectif. J’ai été encore émerveillée par la façon dont, une fois les doutes traversés, on peut chacun aller puiser dans une confiance inconditionnelle, trouver en soi une manière d’être et de courir fluide, douce et enthousiaste. Ce fut des moments précieux dans un lieu qui m’est  cher pour sa capacité à faire émerger le meilleur de chacun. Notre groupe était varié, du débutant au marathonien, mais à aucun moment l’obstacle de la comparaison et de la performance ne s’est fait ressentir. Une grande authenticité, une merveilleuse bienveillance, beaucoup de rires et un bain d’humanité qui nous fait aimer notre vie.

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Dechen Choling

Ces derniers mois la course à pied s’est d’ailleurs s’est encore plus inscrite dans les courbes de mon quotidien comme un voyage en terrain connu ou en terre à défricher. Partout où je vais, si mon corps le permet, je cours. J’explore les espaces et les impasses, la campagne verdoyante et les parkings de centre commerciaux. Si je cours avec curiosité et si pour un moment je suspends mes jugements, je trouve alors notre monde tout simplement fascinant. J’ai traversé de très beaux espaces au Canada en février. Le lac Ontario était en partie gelé, les trottoirs glissants et les sentiers ensevelis sous la neige. J’avais oublié ma montre GPS à la maison, et après une minute d’agacement, j’ai compris que c’était une fantastique opportunité de juste courir, sans évaluation, sans confirmation ni projet chiffré.

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Courir et méditer se rejoignent ainsi. Ce sont des façons d’être avec soi, de se faire confiance sans avoir besoin de valider notre expérience par quelque chose d’extérieur à nous. Je cours donc maintenant juste avec une montre chrono toute simple la semaine, je garde le GPS pour les sorties longues du weekend que Coach Megan me propose en miles. Courir lentement la plupart du temps; je sais depuis longtemps à quel point c’est important, clé même pour construire une base solide et paradoxalement développer sa vitesse. Et qui de mieux que moi sait ce que veut dire « effort facile »? Pourquoi confier l’évaluation de mes sensations à un appareil alors que je pourrais me faire le cadeau de la confiance en mon ressenti? N’est-ce pas là le guide ultime du coureur de longue distance? Etre avec soi même, s’écouter sans complaisance, s’offrir de la bienveillance, de la force et de l’estime.

Cela ne veut pas dire que je suis toujours lente, loin de là. Je cours bien plus vite pendant les efforts tempos, les fractionnés ou les courses. Mais là aussi je m’efforce à ne pas aller le plus vite possible, mais à trouver cette limite entre l’effort soutenu, voire très soutenu et l’effort agressif. Notre culture est si imprégnée de l’idée que « no pain, no gain » – il faut souffrir pour au bout espérer un bénéfice quelconque – qu’on oublie de vivre les moments entre, les moments avant et qu’on mise tout sur une ligne d’arrivée, métaphorique ou littérale. Or, on sait qu’une fois la ligne d’arrivée traversée, notre monde ne va pas changer, qu’on ne sera pas plus à l’abri de la souffrance et des doutes, qu’on ne sera pas plus aimé ou admiré. En anglais on appelle cette illusion « arrival fallacy ». Coach David nous rappelle souvent que la ligne d’arrivée ultime est la mort. Et c’est aussi une contemplation bouddhiste courante. L’idée est ici d’aspirer à accueillir l’intégralité de notre expérience, de ne pas mettre notre vie en stand by en attendant que le moment magique change tout. Notre vie, chacune de nos sorties course à pied est une invitation à apprécier la magie de l’ordinaire, à être dans le coeur du présent qu’il soit fantastique, ennuyeux ou même douloureux.

J’aspire à cultiver cette attitude au sein même de la performance. En mars j’ai établi le FKT (fastest known time) sur la traversée de la montagne Sainte Victoire qui est mon terrain de jeu quasi quotidien. Ce n’est pas vraiment la performance en tant que telle qui était un défi puisque cela n’avait auparavant jamais été officiellement enregistré comme FKT et que c’est en aucun doute facile à battre. L’idée était de sillonner ce terrain extrêmement difficile à courir (des rochers, des falaises, des pierres acérées, de la boue) en allant vite et en étant curieuse de chaque instant. Je me suis vue me juger (« tu traines, bouge!), m’irriter (« quelle merde ces cailloux! »), m’extasier (« cette vue de malaaade! »), m’encourager (« you are rocking this! »), m’apprécier (« franchement, tu descends bien! »). Je me suis vue vivre sans faire le tri de l’acceptable, du recevable, du concevable. Faire de la course à pied et de l’effort sportif, même difficile, une voie de la connaissance de soi.

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Traversée de la Sainte Victoire

Et surtout, surtout, ne pas prendre tout cela trop au sérieux. Les enfants courent pour jouer ou jouent en courant. Nous avons, la plupart d’entre nous, oublié cette possibilité et faisons de la course à pied une tâche à accomplir pour être plus mince, plus rapide, plus comme si ou comme ça. Et si nous aussi, on ré-apprenait à faire l’avion dans les descentes, à piquer des sprints sans raison, à sauter de rocher en rocher, à gambader en chantonnant?

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Peut être qu’une façon simple de résumer tout cela est que j’aspire tout simplement à jouer, partout, même haut, très haut.

Un immense merci à tous ceux qui me soutiennent, supportent mon enthousiasme débordant et souvent envahissant pour les aventures sportives et méditatives, partagent mon goût de l’apéro et de la glace au chocolat. Je suis immensément reconnaissante de tous les dons que l’expédition Aconcagua a déjà reçus, vraiment.

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Gentle racing.

Je suis compétitive. Je l’ai toujours été. Ce n’est pas forcément un problème.  C’est du possible implicite (si lui / elle y arrive alors pourquoi pas moi?). C’est une force dynamique qui m’a poussé de l’avant, permis d’accomplir beaucoup et de réussir souvent dans le sens conventionnel du terme.

 

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Snow Trail Serre Chevalier, janvier 2019

Mais être compétitive est aussi épuisant. Une course vers l’avant jamais satisfaite, qui laisse croire au mirage d’une perfection, jamais atteinte, toujours déçue. Les années passant, j’ai beaucoup réfléchi à mon rapport à la compétition, m’en suis par moment beaucoup éloignée et ai préféré souvent mes aventures solitaires.

En janvier j’ai décidé de refaire quelques courses, des petites distances qui m’amusent et dont on se remet vite. Je me suis donnée pour mission d’être juste. Juste avec moi même, avec mon effort et mes attentes, et de lâcher autant que possible les comparaisons. J’ai envisagé un pur paradoxe: la compétition douce.

J’ai décidé de faire de ces trois courses une expérimentation: ne pas me soucier de ma place dans le sas de départ, partir doucement voire carrément lentement, garder à l’esprit l’effort juste, revenir sans cesse aux sensations du corps, ralentir pour contacter la douceur et faire de ma course un voyage de tempérance.

Je ne peux pas dire que c’était facile. A la première course, je trépignais d’impatience au départ, ai emboité le pas à une torpille locale me disant que je pouvais bien la suivre, ai ignoré les cris de mes quadriceps en montée, me suis sans arrêt jugée, me suis précipitée sur les résultats à l’arrivée et ai été bien entendu déçue. Je ne me suis pas amusée, j’ai souffert, me suis trouvée vieille et moins rapide, et suis passée à côté de moi même.

Bref, c’était assez raté pour ce coup là, mais l’expérience a renforcé mon intuition que je ne pourrai apprécier les courses suivantes qu’avec une attitude moins compétitive, ou plus doucement compétitive.

Deux semaines plus tard, au snow trail de Serre Chevalier, j’ai vraiment pu expérimenter mon « gentle racing ». C’était certainement facilité par l’environnement, la montagne que j’aime tant, et le fait que je ne connaissais personne. Beaucoup plus facile de laisser tomber l’envie de me comparer. Je suis partie au fond du SAS, j’ai écouté mon souffle, plus rapide avec l’altitude; j’ai donc ralenti en montée, ai marché dans certaines pentes raides, ai regardé les paysages, ai perdu 5 bonnes minutes pour remettre une des chaines anti glisse qui avait sauté et ça sans m’énerver du tout, j’ai dévalé les pentes enneigées comme une gamine et ai passé la ligne d’arrivée avec un immense sourire. Je suis allée au ravito, ai regardé les arrivées avec bonheur pendant trois bons quarts d’heure, ai papoté avec quelques coureurs et me suis seulement ensuite rendue compte que j’étais au pied du podium. Ma plus belle médaille en chocolat jamais eue.

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Une semaine après le snow trail, j’étais sur le départ des 11km de la Galinette, une petite course locale avec quand même un terrain technique et un bon dénivelé. Encore chargée de la bonne expérience de la semaine passée, je suis partie confiante que le « gentle racing » était vraiment la clé si je voulais faire de la compétition durablement. Et surtout si je voulais que la compétition soit une voie d’écoute de soi et d’ouverture, plutôt qu’une poursuite égoïste, brutale et inévitablement insatisfaisante.

Les choses étaient plus dures tout de même à la Galinette. Je connaissais beaucoup de coureurs, savais ce que je pouvais faire par rapport à untel ou untel. Chris était là aussi et j’ai toujours tendance à vouloir (me? lui?) montrer que je peux courir plus vite que lui. Ce n’est pas très glorieux tout ça, mais souvent assez vrai. J’ai reconnu cette tendance à m’évaluer par rapport aux autres; j’ai entendu la voix de la comparaison à plusieurs reprises (oh mais untel qui est toujours sur le podium est juste là un peu plus haut dans la pente, allez Elise force donc, tu peux la rattraper!) mais je ne l’ai pas écoutée. Petite victoire sur ma compétitivité avec de grands effets. Je suis partie dans mon rythme, avec aisance, j’ai encouragé plein de gens, ai parlé avec d’autres, n’ai pas systématiquement doublé à fond dans les descentes en prenant des risques débiles (autre tendance habituelle tenace), ai même pris le temps de pousser dans une pente raide  la goélette de l’association qui accompagne des handicapés sur les trails. J’ai accepté sans rancoeur de ne plus avoir de jambes sur des deux derniers kilomètres, j’ai alors encouragé les deux filles qui m’ont doublée (et coûté ma place sur le podium) dans les 500 derniers mètres.  J’ai été leur parler à l’arrivée, et me suis étonnée d’être authentiquement heureuse pour elles. L’expérience globale l’a complètement emportée sur le classement.

Je suis contente de m’être inventé le « gentle racing », si j’étais plus jeune et si  j’avais plus de goût pour ces trucs là, je pourrai même lancer une nouvelle tendance; #gentleracing. J’aspire à inspirer les autres femmes (et hommes) à vivre leur passion sportive avec justesse, à voir avec bienveillance toutes les façons dont on est agressif envers soi même et apprendre à se respecter avec dignité et sans complaisance.

Franchement, on court bien mieux heureux.

C’était juste trois courses mais un grand pas vers l’Aconcagua:

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à petit pas

L’année 2019 a commencé et avec elle viennent aspirations et projets. Mon regard est tourné vers l’Aconcagua, j’y serai dans un an, certainement dans un froid et des conditions testant mes limites physiques et mentales. L’ascension de ce plus haut sommet hors d’Asie est mon projet majeur et sera sans aucun doute l’horizon de toute cette année. Maintenant restent à faire tous les petits pas qui me porteront confiante vers le sommet. Et ils commencent aujourd’hui.

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Les Ecrins depuis le Thabor, 3100 mètres.

 

L’expérience m’a appris à apprécier le chemin tout autant que le but et les objectifs intermédiaires seront autant d’étapes dans ce voyage qui a déjà débuté. Cet hiver, je reprends la compétition avec des distances très courtes (de 7 à 11km) pour travailler ma vitesse et les efforts explosifs. J’ai couru la Fuvelaine dimanche, 7,7 km de parcours exigeant dans les collines et les escaliers du village. Sont programmées pour le mois de janvier un 10km sur neige à Serre Che et un petit trail de 11k dans notre provence.

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Col du Chardonnet, Hautes Alpes.

En février j’irai courir dans le froid et la glace au Canada et tenterai certainement en mars un FKT  (fastest known time) sur la traversée de la Sainte Victoire. En avril j’irai explorer quelques sommets, je ne sais pas encore lesquels. Les deux plus beaux objectifs seront montagnards cette année: d’abord le 57 km des Ecrins, avec 3300 m de dénivelé positif dans des terrains techniques comme je les aime. Ceci sera une mise en jambes pour Le Grand Raid des Pyrénées, 80km et 5000 m de D+ fin août. J’ai l’intention de passer beaucoup de temps en montagne en juillet et août, dans le massif des Ecrins d’abord pour faire quelques sommets, et ensuite dans la vallée de Névache qui est sûrement mon lieu préféré sur notre belle planète.

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Noah et moi en Haute Clarée.

Tout ça, ce sont les points saillants, mais tous les petits pas du quotidien comptent aussi. C’est finalement  mes entrainements journaliers dans la nature, ma pratique du yoga et de méditation, mes études bouddhistes qui sont le moteur de mon voyage. Ils m’enseignent l’appréciation du moment aussi bien que du chemin parcouru, et l’ajustement constant, jour après jour, de mes efforts à mon niveau d’énergie et aux inévitables bobos qui font partie de la vie de tout athlète. J’ai envie de prendre encore plus soin de moi cette année; d’être à l’écoute de mon corps et de mon coeur pour développer une confiance sans laquelle rien de tout cela ne sera possible. Je ne pense pas ma motivation égoïste, j’espère même qu’elle encouragera des tas de femmes à faire leurs propres petits pas vers leurs rêves quels qu’ils soient et de se rapprocher ainsi au plus près de leur coeur. Le problème n’est pas que les femmes aient moins accès à ce type d’aventures, c’est que beaucoup n’ont pas confiance qu’elles puissent même le faire. Notre potentiel humain est infini, vraiment, à nous de faire les petits pas qui nous mènent un peu plus près de qui nous sommes.

Je remercie du fond du coeur tous ceux qui me soutiennent par leurs dons, leurs encouragements, leurs rires, et leur présence. Je débute cette année avec un sentiment d’infinie gratitude pour ce que la vie m’offre.

Lien vers ma cagnotte qui grandit à petits pas:

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Mouvement du corps et de l’esprit.

J’ai grandi à la campagne, dans une grande maison à 2 km d’un village au fin fond du Périgord. Je passais mon temps dehors, le plus souvent perchée dans un arbre à inventer des histoires d’agents secrets et de trésors cachés. J’avais une entière liberté, mon pays n’avait pas de frontières et avec mon frère, les deux trois autres enfants des fermes voisines, on traversait des forêts, des champs de blé, des collines et des vallons. Les seules règles de mes parents étaient 1) d’emmener mon petit frère avec moi 2) de ne pas traverser la route communale où de rares voitures étaient susceptibles de nous renverser 3) de rentrer à 7 heures du soir. L’espace était sans fin, j’explorais sans cesse et jouais avec des bouts de bois, des feuilles mortes, des fougères, et mon imagination fertile.

Mes parents faisaient partie des intellectuels locaux, ils enseignaient tous les deux au lycée de Périgueux, ma mère la littérature et mon père la philosophie.  Leurs amis étaient peintres ou écrivains ou poètes. Il était attendu de mon frère et moi que nous soyons, nous aussi, d’avides lecteurs, que nous nous façonnions un esprit critique aiguisé et des opinions informées.

Jacques et moi avons beaucoup lu, c’était notre univers. Nous avons tous les deux poursuivis des études supérieures, mon frère de journalisme et moi de philosophie et littérature. Nous nous sommes engagés parfois politiquement, avons appris à maitriser l’art du discours adroit, nous sommes expatriés tous les deux aux USA pendant de longues années et avons vécu sur le campus d’Harvard.  Nous sommes, nous aussi, devenus des intellos.

Mais il nous est toujours resté quelque chose de cette enfance passée à courir et à sillonner la campagne. On est devenu des intellos sportifs et avons démenti ce que nombreux pensent être une antinomie. Jacques a fait de l’athlétisme en haut niveau, spécialiste du 100m et du saut en longueur, il a fait partie de l’équipe de track and field de University of Wisconsin. J’ai touché à beaucoup de sports, avec toujours la même ferveur et un talent inégal. Beaucoup de gym, de l’athlétisme aussi, des années de natation, de la danse, du surf, des sports de montagne, du yoga bien sûr, et d’autres choses encore.

Au mouvement de l’esprit nous avons associé le mouvement du corps. Parce qu’il ne pouvait en être autrement. Penser disait Deleuze, c’est déterritorialiser. Courir c’est aussi ouvrir vers et sur de nouveaux territoires. A chaque foulée la possibilité de lever le regard et d’accueillir un horizon.

C’est certainement pour cela que j’adore courir en montagne. L’espace est là, palpable et inatteignable à la fois. Les efforts sont longs et durs et pourtant dans la contraction des mes muscles, dans le raccourcissement de mon souffle, il y a un mouvement vers le possible et l’expansion. Moi qui aime les paradoxes, ils deviennent ici littéraux. Je suis à la fois une limite et son propre dépassement.

Je cours peut être après ce possible au coeur de l’impossible.  Je bute souvent contre les limites de mon corps, les douleurs, les blessures, la fatigue. Mais j’ai inversement appris qu’un esprit ouvert et conscient de son potentiel, qu’un esprit en mouvement avait ce pouvoir d’emmener le corps loin et haut. Mon imagination d’enfant m’emmenait déjà à la cime des arbres. Elle m’emmène maintenant au sommet des montagnes. Mon esprit a commencé à investir un nouveau territoire – celui du sommet de l’Aconcagua – que mon corps ira bientôt explorer.

Un immense merci à tous ceux qui soutiennent mes ascensions littérales ou figurées, mes divagations nombreuses et colorées, et mes explorations enthousiastes et aussi assez chiffrées: https://www.leetchi.com/c/expedition-aconcagua

Expédition Aconcagua: toucher au possible.

C’est un de mes plus vieux souvenirs. J’avais 4 ou 5 ans, j’étais avec mes parents dans les Alpes suisses, quelque part sur les hauteurs de Braunwald où nous passions nos étés. Je me souviens d’un lac bordé de neiges éternelles. Un randonneur s’est arrêté, s’est étonné de voir une si jeune enfant marchant à cette altitude, et pour me féliciter de mon courage et ma détermination, il m’a donné une edelweiss qu’il avait cueilli plus tôt. Ce cadeau interdit, ce trophée remporté à la force de mes petites jambes, je l’ai gardé précieusement des années dans une enveloppe bien rangée dans un tiroir fermant à clé du secrétaire de ma mère. Elle s’est perdue plus tard dans un de nos nombreux déménagements, mais elle est restée gravée dans un coin de mon coeur comme le symbole du possible.

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Je vais avoir 48 ans dans quelques jours, mon corps a bien vieilli mais mon amour des grands espaces est toujours aussi féroce. J’aime découvrir, explorer, ouvrir un peu plus l’horizon du possible. Parce que j’aime l’effort physique, c’est certain, mais aussi parce que je suis une femme et qu’en tant que telle et pour elles, j’aspire à traverser le plafond de verre, cette limite que nous posons, souvent inconsciemment à nos capacités et à nos possibilités.

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C’est pour cela, qu’il y a deux jours à peine,  j’ai demandé à intégrer une expédition 100% féminine menée par la talentueuse alpiniste Sunny Stroeer vers un des Seven Summits, l’Aconcagua. L’Aconcagua se trouve dans les Hautes Andes, en Argentine. Culminant à 6962m,  c’est le plus haut sommet hors d’Asie. Il n’est techniquement pas difficile, mais la longueur des étapes, le dénivelé important, l’altitude extrême, et les conditions climatiques en font un défi considérable. Sunny aime rappeler que cela n’a par exemple rien à voir avec l’ascension du Kilimanjaro, Aconcagua est plus proche d’un 8000m dans l’Himalaya.

Je n’ai pas ou très peu d’expérience de l’alpinisme mais je connais bien les efforts longs et difficiles. Parce que ma base d’entrainement est solide et ma motivation quasi infinie, parce que je crois qu’il y a un vrai sens à démontrer à toutes les femmes qu’on peut aller haut et loin, Sunny m’a intégré à l’équipe pour l’expédition de janvier 2020. C’est une chance et opportunité inouïes et au moment où j’écris ces lignes je suis partagée entre la gratitude, l’émotion et une dose saine de pétoches.

Je serai guidée dans ma préparation par ma fantastique Coach Megan Roche qui me soutient dans tous les défis de ma vie depuis un an et demi. Megan ne doute pas de ma capacité physique à entreprendre une telle ascension, la grande inconnue reste l’acclimatation à la haute altitude. Et ça, difficile de savoir avant d’y être. Une excellente préparation me permettra de mettre toutes les chances de mon côté.

Aller chercher l’edelweiss de mon enfance en haut de l’Aconcagua a bien sûr un coût. L’expédition elle-même coûte $4900, le billet d’avion jusqu’à Mendoza  environ €1100 depuis Marseille. A ça il faut ajouter le matériel obligatoire. Je vais essayer de louer certaines choses sur place (piolet, crampons), m’en faire prêter (avis aux amies alpinistes) et vais devoir investir tout de même dans certains équipements comme les chaussures, le duvet -30°, la doudoune spéciale expé et certainement le sac. Difficile d’estimer le coût du matériel pour l’instant, mais j’imagine que cela attendra autour des €1000. Enfin, il y a certains frais supplémentaires: le permis d’accès à la montagne ($800), l’assurance sauvetage obligatoire ($200), la douche au camp de base (si si c’est possible pour $15), la charge du portable ($5). J’ai estimé le cout total au plus bas à €7200.

Je pense pouvoir personnellement financer €3200, il me reste à trouver €4000. C’est pour cela que je fais appel à votre générosité si ce projet d’ascension vous intrigue et sa teneur féministe égalitaire résonne en vous (que vous soyez homme ou femme, il ne s’agit pas ici de mettre en avant des différences mais au contraire de démontrer une capacité commune qui relève bien plus de notre humanité que de notre genre).

Tout don sera apprécié, vraiment. J’aspire en retour à pouvoir ramener avec moi un parfum d’edelweiss et à inspirer ma communauté avec enthousiasme et authenticité.

J’ai créé un compte Leetchi pour recueillir les dons, c’est très simple d’utilisation: https://www.leetchi.com/c/expedition-aconcagua

Du fond du coeur et du haut des sommets, je vous remercie,

Elise

Did Not Finish

Alors voilà j’ai couru 50km des 90km du Raid du Morbihan. J’ai fait du mieux que je pouvais et ai arrêté avant de m’entamer la santé.

Je suis même assez fière de ce DNF (did not finish) – mon premier. Il y a quelques années, j’aurai sûrement déclaré avec force un “je n’abandonne jamais” et aurai certainement fini même dans un état d’épuisement total. Ceux qui me connaissent bien savent à quels extrêmes ma détermination peut me mener.

Seulement, maintenant, je suis un peu plus vieille et un tout petit peu plus sage. Je veux avant tout être une athlète saine et en forme. Je veux pouvoir profiter des sommets alpins cet été, je veux courir par amour et non par injonction égotique.

Je les ai pourtant bien vues mes tendances égotiques. Je me suis sentie plusieurs fois glisser vers une compétitivité agressive (“elle rêve si elle pense me doubler celle là”), mais ai réussi à en rire et à écarter ainsi l’inévitable état d’insatisfaction qui en découle.

Les premiers 20km étaient déjà très durs, la chaleur extrême et inhabituelle pour la Bretagne. Plus de 40 degrés entre 15h et 20h. Malgré toutes les précautions, j’ai eu droit à l’insolation, la déshydration, les nausées, les crampes et toute la panoplie. J’ai couru avec tout ça souvent dans un inconfort extrême. Beaucoup ont abandonné dès les ravito du 34eme (plus 40% au total). J’ai décidé d’aller jusqu’au 50eme. Mon allure était bien en dessous de mes longues sorties d’entraînement et la fatigue musculaire décuplée par les carences en fer.

Et malgré tout ça, j’ai adoré les paysages, j’ai eu des conversations hyper agréables avec des tas de gens supers, je n’ai aucune courbatures et j’ai eu tout de suite envie de revenir l’année prochaine.

Je suis étonnée de n’avoir aucun regret et suis pleine de nouveaux projets. Je vais commencer par récupérer un peu de fer et d’énergie, puis vais partir faire du fast packing dans les Alpes, dormir sous ma nouvelle tente extra-super-light au bord des lacs d’altitude, et emmener mon fiston faire son 1er 3000.

J’aspire à courir pour l’aventure et non pour me prouver quoi que ce soit. Mon état physique du moment, les conditions climatiques ont été, non pas un obstacle, mais une opportunité de reformuler cette aspiration. C’est une belle leçon ce DNF, pas un échec. Coach Megan m’a dit: je suis plus fière de ton DNF que si tu avais continué. Moi aussi.

Courir et apprendre à être

Depuis 10 mois je fais partie de la SWAP team de David et Megan Roche – une équipe composée de grands noms de la course d’endurance et de gens comme moi, beaucoup plus lents, mais tous aussi passionnés par l’aventure sur deux pieds. Dans le petit monde du trail running international, David et Megan sont connus pour leur humour, leur sens de la communauté, leur enthousiasme et optimisme contagieux autant que pour leurs prouesses sportives et compétences en matière de coaching. Je ne peux pas quantifier ce que j’ai appris ces derniers mois mais j’aimerais partager ici quelques réflexions sur ce processus riche et profond. Etre coachée par Megan dépasse largement le simple plan d’entrainement ou le conseil sportif. Ma pratique sportive est  maintenant tissée à ma vie, et dans ce sens elle n’est pas bien différente de ma pratique spirituelle. Ce sont les mêmes questionnements, les mêmes ajustements et les mêmes qualités qui sont véhiculés et cultivés. Il n’y a pas de révélations spectaculaires dans ce processus, mais des éclairages plus marqués et des intuitions confirmées. En voici quelques-unes:

Aimer la solitude:

J’ai appris à aimer courir seule. La solitude du coureur de fond écrivait Allan Sollitoe, un livre que j’ai lu bien avant de m’intéresser aux sports d’endurance. Il y a dans ce titre beaucoup de l’attrait que représente la course à pied pour moi aujourd’hui. Je m’entraine seule et affectionne cette solitude. J’apprends à être un peu plus et un peu mieux avec moi-même. J’apprivoise l’inconfort de l’effort, les jeux de mon esprit et surtout l’espace qui m’entoure. Je coure parfois plusieurs heures, et comme le héros du livre, traverse de multiples espaces physiques et mentaux. Je découvre dans cette géographie des territoires inexplorés. La fluidité cohabite avec la douleur, la tristesse avec l’appréciation, la confiance avec le doute. J’explore ma capacité insoupçonnée à pouvoir traverser tous ces états d’esprit sans trop les figer ou leur donner raison.

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Se sentir soutenue, inconditionnellement:

J’ai appris l’importance de la communauté, même virtuelle. Car la relation est aussi au coeur de cette pratique solitaire. Avec Megan d’abord, qui quotidiennement me guide, et m’écoute surtout. Elle m’a tout de suite encouragée à écrire mes « life notes » dans mon journal d’entrainement autant que mes réflexions sur ma séance quotidienne. J’ai compris que je ne peux pas isoler mon entrainement de mes préoccupations du moment. Mon état d’esprit du jour affecte indéniablement ma course; c’est toute mon humanité qui coure avec moi. Et ce n’est pas un problème, j’apprends à courir triste, joyeuse et souvent inquiète. Courir, c’est être avec mon expérience du moment telle qu’elle est; très imparfaite et peu idéale mais vraie.

Il y a l’équipe aussi. Un tissu de relations incroyablement riches à qui on peut tout dire ou avouer et une source d’inspiration sans fin. On sait parler de nos doutes, de nos peurs la veille de course, de nos frustrations, de nos petites victoires et des joies de notre quotidien. On parle bien sûr de course, d’aventures et beaucoup de nature, mais aussi de naissances, de blessures, de boulot, de livres, de psychologie, de soutifs qui grattent, de bières et de burgers.  On partage nos playlists et nos podcasts préférés, et quand je cours je ne suis jamais vraiment seule. Je sais que quelque part sur cette planète un Swaper coure aussi, a peut-être du mal à trouver son souffle ou se sent voler sur les sentiers.

Il y a un lien tacite entre nous tous, celui de la passion pour la course et la nature, nous n’avons pas besoin de nous expliquer ou nous justifier.  Pour moi c’est très précieux car je vis dans un environnement où on me demande souvent « mais pourquoi tu cours? » comme si c’était une maladie ou une lubie, on met en garde contre les dangers pour la santé, ou on m’invite à une modération que j’ai toujours trouvé ennuyeuse.

Faire des compétitions une célébration:

J’ai appris à envisager la compétition différemment. Je n’ai que très rarement l’impression de m’entrainer pour une course précise. Je ne cours avant tout parce que j’aime être dans la nature, et que courir longtemps est à chaque fois une petite aventure. La compétition quand elle vient, n’est pas l’échéance finale, mais une sorte de célébration de tous les autres moments passés sur les sentiers. Bien sûr, mes séances sont structurées, et mon volume global adapté aux objectifs à venir mais c’est bien plus le processus qui compte et qui m’inspire. J’ai adoré la suggestion de Megan quand je ne trouvais pas de compétition officielle qui coïncidait avec mes envies et mon calendrier. « Crée ta propre course » m’a-t-elle dit. Et c’est ce que j’ai fait. Je me suis inventée une sorte d’anti course, sans dossard, ravitaillement, supporters et médaille à l’arrivée. J’ai choisi de faire le tour de la Sainte Victoire, la montagne locale que j’aime tant et que je sillonne quasi quotidiennement. C’était merveilleux de partir seule au lever du jour dans ces paysages si spectaculaires. C’était aussi très dur de sortir des moments difficiles qui arrivent inévitablement quand le corps fait mal. C’était somme toute passionnant, un voyage dans les méandres de ma psychologie: voir les doutes surgir, les sentir être confirmés par les douleurs physiques et trouver le courage de ne pas y croire, revenir au sentiment du possible qui est toujours là quelque part. Et personne pour me guider là dedans. Ca donne incroyablement confiance de traverser les doutes de cette façon. Un condensé de vie en une matinée.

Explorer!

J’ai ré-appris à explorer. Ces derniers mois j’ai retrouvé mes envies d’enfant d’aller explorer la campagne; ce que je faisais jour après jour dans mon sud ouest natal.  J’adore les cartes et je passe des heures à planifier des sorties dans des lieux que je ne connais pas ou peu. Quand je pars courir, je me dis rarement, allez il faut y aller, mais plutôt, chouette, qu’est ce que je vais découvrir aujourd’hui. J’ai envie d’aller plus loin maintenant, j’ai des envies de fastpacking dans les Alpes et ailleurs. Moi et ma tente, par les sommets et les vallées. Planifier tout cela m’amuse autant que l’aventure elle-même. Les parcours, les durées d’étape et aussi tout le matériel avec un goût pour le plus simple et léger possible.

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Courir c’est toujours un peu une aventure. Les conditions sont rarement idéales, trop chaud, trop froid, trop de vent, de pluie et même trop de neige cet hiver. Le moment est rarement propice, trop fatiguée, trop de boulot, trop d’inquiétudes, trop de ceci et de cela. Mais le moment de courir quand on l’aime, arrive toujours. Il s’invite dans la journée, il est parfois agréable, parfois pas du tout, mais il est là toujours, ce temps avec soi, ce temps à la fois dans son corps et dans le monde. J’ai appris à m’exposer à tous les éléments et à les apprécier. J’aime courir sous la pluie, dans le froid ou dans le vent. J’apprivoise plus difficilement la chaleur mais elle me fait moins peur.

 

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Nofucksgiving

J’ai appris aussi et surtout à ne pas prendre tout cela (et moi même) au sérieux. Courir est une partie énorme de ma vie mais c’est surtout un jeu. Les enfants le savent si bien. C’est terriblement amusant de sauter de rocher en rocher dans la montagne, de dévaler les pentes en faisant des bruits d’avion, de faire pipi derrière les buissons et de se vautrer dans l’herbe en fin de sortie. A bientôt 48 ans, je rentre à la maison comme quand j’en avais 5, pleine d’égratignures et de boue, de la terre dans les chaussures, totalement affamée et imprégnée de mes aventures de la journée.

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