Chronique d’un voyage au sommet. Jour 7

Je suis au camp de base de l’Aconcagua depuis trois jours maintenant. Mon acclimatation est lente, je viens de passer 24h assez pénibles. Sensations d’étouffement, surtout la nuit, état de fatigue générale prononcé et difficultés à dormir. Tout cela est bien au delà de mon contrôle et ma déception, ma frustration et mon découragement ne font que rajouter à l’anxiété.

Nous sommes a Plaza de Mulas, dernier point atteint par les mules et l’hélicoptère avant la « upper mountain » et les trois camps supérieurs. Notre altitude est encore relativement basse, 4300 mètres, le sommet est juste au dessus, il semble si proche alors qu’il est 2600 mètres plus haut, c’est à dire à peu près à 8 jours de marche. Les distances et le dénivelé sont disproportionnés ici et difficiles à appréhender.

Sunny a décidé de me mettre sous Diamox ce matin, un médicament utilisé par beaucoup d’alpinistes pour accélérer l’acclimatation. Il modifie le pH dans le sang et aide à l’adaptation. Les effets secondaires sont connus et assez désagréable, goût métallique dans la bouche, rêves étranges, sensations de picotements et très diurétique. Mon taux de saturation d’oxygène dans le sang est pourtant bon depuis hier soir mais mon état global est encore trop peu satisfaisant pour attaquer la suite me dit Sunny ce matin après une nuit encore peu réparatrice.

Andrea, Sunny et Alex sont elles montées déposer du matériel au camp 1 à 5050m ce matin. Elles portent chacune de très lourds sacs – 20 à 35kg – contenant tout ce dont nous aurons besoin sur la « upper mountain ». Je les ai accompagnées jusqu’au début du sentier, j’avais le cœur gros de les laisser partir et de me sentir si peu apte à gravir cette montagne.

Ce n’est pas tant ma force et mes capacités cardio vasculaires qui sont problématiques ici – elles restent excellentes- , c’est cet état comateux, ce manque de clarté d’esprit, ces maux de tètes débilitants qui m’empêchent de les suivre ce matin sans risquer pour ma santé.

Alors j’essaie de profiter de l’ambiance du camp de base. C’est étonnant, ce petit village en altitude, avec ses personnalités et ses centres d’intérêts. Il y a Max, un guide brésilien, qui a gravi 80 sommets de 6000 mètres. Il est jeune, le regard franc et séducteur. Il y a très peu de femmes ici, les « hook ups » -aventures d’une nuit en altitude – sont courantes. Max semble avoir une réputation. Felipo est lui guide argentin, on raconte qu’il a couché avec une américaine au camp 3. Cela fait rire tout le monde quand on sait dans l’état de crasse où on est au camp 3 après tant de jours dans la montagne.

Il y a aussi Sherpa Nims, ce guide népalais connu pour sa photo de la queue au sommet de l’Everest publiée dans les journaux du monde entier. Ici il est célèbre pour être le seul à avoir gravi quatorze 8000 en 6 mois. Il est entouré de 22 guides argentins, tous très sales et le sourire facile. On a rencontré Jacob aussi, un guide danois qui se lance dans l’ascension du K2 le mois prochain, la montagne la plus mortelle au monde. « I have to try » dit-il.

Sunny est accueillie ici les bras ouverts et nous aussi. Elle est toujours détentrice des records de vitesse sur la voie normale et la voie 360. C’est une célébrité au camp et tout le monde vient lui parler.

L’autrichien Thomas Summer et l’Australienne Mia Farrow se joignent à nous pour les repas. Ils vont tous les deux tenter de battre les records dans les jours qui viennent. Mia à remporté le marathon de l’Everest et a toutes les chances de battre le temps établit par Sunny sur la 360. Sunny la conseille, il n’y a aucune compétitivité entre elles, elles sont complices dans la difficulté. Thomas est très mince et parle avec un fort accent. Il est mountain runner professionnel et me rassure quand à mon état. Cela lui est arrivé sur le Kilimanjaro me dit il.

Le soir le camp s’anime. Les alpinistes qui ont réussi à « summit » redescendent les traits tirés, incroyablement sales mais un sourire immense sur le visage. La tradition veut qu’on débouche le champagne et qu’on essaie de faire passer le bouchon par une des fenêtres des tentes de repas. C’est une vraie célébration pour eux, le taux de réussite est de 30%, tout le monde les félicite et apprécie l’effort fourni. D’autres reviennent sans avoir réussi, la météo était trop mauvaise, ou, le plus souvent l’altitude les a empêché d’avancer et certains ont dû faire demi tour à 60 mètres du sommet le corps ne pouvant plus aller plus loin. Ils semblent à la fois déçus et soulagés d’être revenus à une altitude plus clémente et une ambiance plus humaine.

Après dinner il y a des parties géantes de baby foot, beaucoup de rires et des commentaires dans un tas de langues avec des tentatives de traduction vers un anglais approximatif. Sur les hauteurs du camp, en dessous des glaciers, il y a la galerie d’art la plus haute au monde. Paraît-il qu’elle est dans le Guiness des records. J’irai y faire un tour plus tard.

Je suis seule au camp aujourd’hui. J’ai suivi longtemps des yeux ma team sillonner les flanche de la montagne vers le camp 1. Je ne les vois plus maintenant. Il y a à peine 3km et 700 mètres de dénivelé. Elles mettront pourtant 3 heures a estimé Sunny, déposerons une partie de notre matériel et de l’eau (pas de neige cette année au camp 1, donc pas de possibilité de faire fondre de la neige pour s’hydrater). Puis elles redescendront en 30 min à peine. Les temps n’ont rien à voir avec ce dont j’ai l’habitude, les pas sont minuscules en montée pour garder un souffle fluide et ne pas risquer l’essoufflement, potentiellement fatal à cette altitude.

Alex et Andrea ont l’air en forme. Alex arrive maintenant à s’alimenter et a repris des forces. Andrea a des gros maux de tête mais arrive à bien dormir. Sunny est une force de la montagne, elle est déjà monté hier au camp 1 avec près de 40kg sur le dos.

Demain ce sera mon tour de monter mes crampons, piolet, fringues chaudes, tente, bouffe et bouteille de gaz. Le Diamox aura fait effet et mon état général sera meilleur. Je redescendrai dans la journée pour passer une dernière au nuit au camp de base. Ensuite on ira au « medical check » pour avoir l’autorisation d’accéder à la « upper mountain » et ses trois camps de très haute altitude. Nous passerons 8 jours en haut, avec une tentative de sommet le 25 ou 26 janvier. Nous ne savons pas si nous partirons du camp 3 ou 2. On dort mieux au camp 2 qui est moins haut mais le sommet est à 18-22 heures de marche.

Après des premiers jours faciles et quasi euphoriques, je doute. Je vois le sommet de ma tente où j’écris ces mots, il est si proche et si inaccessible. Je suis passionnée par cet environnement qui pour le moment se refuse à moi. L’inconfort physique est aussi une peine de cœur. J’espère que les heures à venir vont me proposer un sommeil réparateur et me donner un peu de quoi investir cet espace.

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