Chronique d’un voyage au sommet – J5

Confluenzia. Camp d’approche, 3600m.

Après quelques heures de marche le long d’un torrent boueux, on la voit enfin. Massive et intimidante. Les proportions sont impossibles à appréhender. Sa face sud est striée de glaciers et de parois infranchissables.

Je commence à comprendre que la difficulté sur l’Aconcagua n’est pas le « summit day » à proprement parler mais tous ces jours d’approche dans la poussière, la chaleur des journées, le vent glacial des nuits, les palpitations du cœur qui peine à s’adapter à l’altitude, l’absence d’hygiène et la fatigue accumulée. Après deux jours à peine, on est toutes les quatre déjà très sales et marquées par l’effort. Il ne s’agit pas juste de marcher et planter son camp. Il faut porter, monter, déplier, installer, chercher de l’eau, filtrer, bouillir, essayer de manger et espérer que les tripes tiennent le choc.

J’ai du mal à dormir, je me sens déracinée ici, mon esprit est à la fois las et agité. Comme souvent, mon sens de l’auto dérision m’évite de me prendre trop au sérieux – je fais le clown- mais au fond j’ai un peu peur des risques réels liés à l’altitude. L’embolie pulmonaire ou cérébrale. Les évacuations par hélico depuis le camp de base qui est au dessus me rappellent à ma vulnérabilité et ma mortalité. Ce n’est pas un jeu. Andrea a peur elle aussi, ne sait pas lire cet état étrange de gueule de bois qui nous accompagne après chaque effort. Sunny nous dit « you should feel hung over but not drunk ».

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