Chronique d’un voyage au sommet – J4

Penitentes. À quelques kilomètres de l’entrée du Parc National de l’Aconcagua, quelques bâtiments à la peinture écaillée qui ont peut être connus une heure de gloire il y a 20 ou 30 ans. Nous passons une dernière nuit au chaud à dans un hôtel usé par les années et le vent avant d’entamer demain notre marche vers le camp d’approche de Confluenzia.

Nous sommes arrivées plus tôt par bus, et avons traversé des paysages saisissants de beauté et de rudesse. Les pics sont acérés, les pentes sèches et rouges, le soleil si intense que j’ai du souvent fermer les yeux. J’ai suivi le plus longtemps possible le trajet d’une ancienne voie de chemin de fer reliant Mendoza à Santiago du Chili, son tracé parfois interrompu par des éboulements mais sa ligne claire dans les pentes rocailleuses. Je ne sais pas ce qui m’émeut autant dans ces rails d’une autre époque, l’effort vain de dompter ces montagnes ou les vestiges d’un rêve de lier deux mondes séparés par les Andes.

Je prends un peu plus la mesure de ce que je suis en train de vivre et je ressens une immense gratitude pour cette terre pourtant si peu hospitalière. C’est un privilège rare que de pouvoir la découvrir et j’ai le cœur gros de reconnaissance.

Nous sommes à 2800 mètres, déjà si haut et pourtant encore si loin du sommet. À l’hôtel, les conversations vont bon train entre les alpinistes venus du monde entier. Certains sont sur le retour, le visage creusé et brûlé par le soleil. Je commence à comprendre que c’est tout un univers humain qui s’ouvre aussi. Il n’y a pas de place pour l’arrogance ou la vantardise ici, ni pour la compétitivité. Le postulat implicite est que la montagne est dure et que rien ne garantit qu’elle s’offre à nous qu’on soit expérimenté ou non.

Sunny est connue ici, beaucoup d’alpinistes viennent lui parler et lui demander conseil sur diverses voies. Elle va attaquer sa 9eme ascension avec nous, elle en a réussi quatre. J’ai l’audace de penser qu’on en accomplira ensemble une cinquième dans une dizaine de jours mais je sais aussi que je suis vraiment dans la cour des grands – rien n’est artificiellement construit ici pour le plaisir sportif, c’est une nature brute qui demande prudence et humilité – cette expédition ne ressemblera à rien de ce que je connais.

Je parle avec Paul et Lauren qui vont emprunter la voie du Polish Glacier sur la face sud. Paul a un regard d’un bleu intense qui soutient le mien une fraction de seconde de trop, sa poignée de main est franche et un peu intimidante. C’est un ancien militaire américain, il a grimpé partout dans le monde et me parle du Verdon. C’est si loin et j’arrive difficilement à réconcilier ces deux espaces dans ma géographie mentale.

Demain on la verra enfin. Une majestueuse présence féminine qui accueillera peut être la nôtre.

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