Mouvement du corps et de l’esprit.

J’ai grandi à la campagne, dans une grande maison à 2 km d’un village au fin fond du Périgord. Je passais mon temps dehors, le plus souvent perchée dans un arbre à inventer des histoires d’agents secrets et de trésors cachés. J’avais une entière liberté, mon pays n’avait pas de frontières et avec mon frère, les deux trois autres enfants des fermes voisines, on traversait des forêts, des champs de blé, des collines et des vallons. Les seules règles de mes parents étaient 1) d’emmener mon petit frère avec moi 2) de ne pas traverser la route communale où de rares voitures étaient susceptibles de nous renverser 3) de rentrer à 7 heures du soir. L’espace était sans fin, j’explorais sans cesse et jouais avec des bouts de bois, des feuilles mortes, des fougères, et mon imagination fertile.

Mes parents faisaient partie des intellectuels locaux, ils enseignaient tous les deux au lycée de Périgueux, ma mère la littérature et mon père la philosophie.  Leurs amis étaient peintres ou écrivains ou poètes. Il était attendu de mon frère et moi que nous soyons, nous aussi, d’avides lecteurs, que nous nous façonnions un esprit critique aiguisé et des opinions informées.

Jacques et moi avons beaucoup lu, c’était notre univers. Nous avons tous les deux poursuivis des études supérieures, mon frère de journalisme et moi de philosophie et littérature. Nous nous sommes engagés parfois politiquement, avons appris à maitriser l’art du discours adroit, nous sommes expatriés tous les deux aux USA pendant de longues années et avons vécu sur le campus d’Harvard.  Nous sommes, nous aussi, devenus des intellos.

Mais il nous est toujours resté quelque chose de cette enfance passée à courir et à sillonner la campagne. On est devenu des intellos sportifs et avons démenti ce que nombreux pensent être une antinomie. Jacques a fait de l’athlétisme en haut niveau, spécialiste du 100m et du saut en longueur, il a fait partie de l’équipe de track and field de University of Wisconsin. J’ai touché à beaucoup de sports, avec toujours la même ferveur et un talent inégal. Beaucoup de gym, de l’athlétisme aussi, des années de natation, de la danse, du surf, des sports de montagne, du yoga bien sûr, et d’autres choses encore.

Au mouvement de l’esprit nous avons associé le mouvement du corps. Parce qu’il ne pouvait en être autrement. Penser disait Deleuze, c’est déterritorialiser. Courir c’est aussi ouvrir vers et sur de nouveaux territoires. A chaque foulée la possibilité de lever le regard et d’accueillir un horizon.

C’est certainement pour cela que j’adore courir en montagne. L’espace est là, palpable et inatteignable à la fois. Les efforts sont longs et durs et pourtant dans la contraction des mes muscles, dans le raccourcissement de mon souffle, il y a un mouvement vers le possible et l’expansion. Moi qui aime les paradoxes, ils deviennent ici littéraux. Je suis à la fois une limite et son propre dépassement.

Je cours peut être après ce possible au coeur de l’impossible.  Je bute souvent contre les limites de mon corps, les douleurs, les blessures, la fatigue. Mais j’ai inversement appris qu’un esprit ouvert et conscient de son potentiel, qu’un esprit en mouvement avait ce pouvoir d’emmener le corps loin et haut. Mon imagination d’enfant m’emmenait déjà à la cime des arbres. Elle m’emmène maintenant au sommet des montagnes. Mon esprit a commencé à investir un nouveau territoire – celui du sommet de l’Aconcagua – que mon corps ira bientôt explorer.

Un immense merci à tous ceux qui soutiennent mes ascensions littérales ou figurées, mes divagations nombreuses et colorées, et mes explorations enthousiastes et aussi assez chiffrées: https://www.leetchi.com/c/expedition-aconcagua

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