Courir et apprendre à être

Depuis 10 mois je fais partie de la SWAP team de David et Megan Roche – une équipe composée de grands noms de la course d’endurance et de gens comme moi, beaucoup plus lents, mais tous aussi passionnés par l’aventure sur deux pieds. Dans le petit monde du trail running international, David et Megan sont connus pour leur humour, leur sens de la communauté, leur enthousiasme et optimisme contagieux autant que pour leurs prouesses sportives et compétences en matière de coaching. Je ne peux pas quantifier ce que j’ai appris ces derniers mois mais j’aimerais partager ici quelques réflexions sur ce processus riche et profond. Etre coachée par Megan dépasse largement le simple plan d’entrainement ou le conseil sportif. Ma pratique sportive est  maintenant tissée à ma vie, et dans ce sens elle n’est pas bien différente de ma pratique spirituelle. Ce sont les mêmes questionnements, les mêmes ajustements et les mêmes qualités qui sont véhiculés et cultivés. Il n’y a pas de révélations spectaculaires dans ce processus, mais des éclairages plus marqués et des intuitions confirmées. En voici quelques-unes:

Aimer la solitude:

J’ai appris à aimer courir seule. La solitude du coureur de fond écrivait Allan Sollitoe, un livre que j’ai lu bien avant de m’intéresser aux sports d’endurance. Il y a dans ce titre beaucoup de l’attrait que représente la course à pied pour moi aujourd’hui. Je m’entraine seule et affectionne cette solitude. J’apprends à être un peu plus et un peu mieux avec moi-même. J’apprivoise l’inconfort de l’effort, les jeux de mon esprit et surtout l’espace qui m’entoure. Je coure parfois plusieurs heures, et comme le héros du livre, traverse de multiples espaces physiques et mentaux. Je découvre dans cette géographie des territoires inexplorés. La fluidité cohabite avec la douleur, la tristesse avec l’appréciation, la confiance avec le doute. J’explore ma capacité insoupçonnée à pouvoir traverser tous ces états d’esprit sans trop les figer ou leur donner raison.

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Se sentir soutenue, inconditionnellement:

J’ai appris l’importance de la communauté, même virtuelle. Car la relation est aussi au coeur de cette pratique solitaire. Avec Megan d’abord, qui quotidiennement me guide, et m’écoute surtout. Elle m’a tout de suite encouragée à écrire mes « life notes » dans mon journal d’entrainement autant que mes réflexions sur ma séance quotidienne. J’ai compris que je ne peux pas isoler mon entrainement de mes préoccupations du moment. Mon état d’esprit du jour affecte indéniablement ma course; c’est toute mon humanité qui coure avec moi. Et ce n’est pas un problème, j’apprends à courir triste, joyeuse et souvent inquiète. Courir, c’est être avec mon expérience du moment telle qu’elle est; très imparfaite et peu idéale mais vraie.

Il y a l’équipe aussi. Un tissu de relations incroyablement riches à qui on peut tout dire ou avouer et une source d’inspiration sans fin. On sait parler de nos doutes, de nos peurs la veille de course, de nos frustrations, de nos petites victoires et des joies de notre quotidien. On parle bien sûr de course, d’aventures et beaucoup de nature, mais aussi de naissances, de blessures, de boulot, de livres, de psychologie, de soutifs qui grattent, de bières et de burgers.  On partage nos playlists et nos podcasts préférés, et quand je cours je ne suis jamais vraiment seule. Je sais que quelque part sur cette planète un Swaper coure aussi, a peut-être du mal à trouver son souffle ou se sent voler sur les sentiers.

Il y a un lien tacite entre nous tous, celui de la passion pour la course et la nature, nous n’avons pas besoin de nous expliquer ou nous justifier.  Pour moi c’est très précieux car je vis dans un environnement où on me demande souvent « mais pourquoi tu cours? » comme si c’était une maladie ou une lubie, on met en garde contre les dangers pour la santé, ou on m’invite à une modération que j’ai toujours trouvé ennuyeuse.

Faire des compétitions une célébration:

J’ai appris à envisager la compétition différemment. Je n’ai que très rarement l’impression de m’entrainer pour une course précise. Je ne cours avant tout parce que j’aime être dans la nature, et que courir longtemps est à chaque fois une petite aventure. La compétition quand elle vient, n’est pas l’échéance finale, mais une sorte de célébration de tous les autres moments passés sur les sentiers. Bien sûr, mes séances sont structurées, et mon volume global adapté aux objectifs à venir mais c’est bien plus le processus qui compte et qui m’inspire. J’ai adoré la suggestion de Megan quand je ne trouvais pas de compétition officielle qui coïncidait avec mes envies et mon calendrier. « Crée ta propre course » m’a-t-elle dit. Et c’est ce que j’ai fait. Je me suis inventée une sorte d’anti course, sans dossard, ravitaillement, supporters et médaille à l’arrivée. J’ai choisi de faire le tour de la Sainte Victoire, la montagne locale que j’aime tant et que je sillonne quasi quotidiennement. C’était merveilleux de partir seule au lever du jour dans ces paysages si spectaculaires. C’était aussi très dur de sortir des moments difficiles qui arrivent inévitablement quand le corps fait mal. C’était somme toute passionnant, un voyage dans les méandres de ma psychologie: voir les doutes surgir, les sentir être confirmés par les douleurs physiques et trouver le courage de ne pas y croire, revenir au sentiment du possible qui est toujours là quelque part. Et personne pour me guider là dedans. Ca donne incroyablement confiance de traverser les doutes de cette façon. Un condensé de vie en une matinée.

Explorer!

J’ai ré-appris à explorer. Ces derniers mois j’ai retrouvé mes envies d’enfant d’aller explorer la campagne; ce que je faisais jour après jour dans mon sud ouest natal.  J’adore les cartes et je passe des heures à planifier des sorties dans des lieux que je ne connais pas ou peu. Quand je pars courir, je me dis rarement, allez il faut y aller, mais plutôt, chouette, qu’est ce que je vais découvrir aujourd’hui. J’ai envie d’aller plus loin maintenant, j’ai des envies de fastpacking dans les Alpes et ailleurs. Moi et ma tente, par les sommets et les vallées. Planifier tout cela m’amuse autant que l’aventure elle-même. Les parcours, les durées d’étape et aussi tout le matériel avec un goût pour le plus simple et léger possible.

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Courir c’est toujours un peu une aventure. Les conditions sont rarement idéales, trop chaud, trop froid, trop de vent, de pluie et même trop de neige cet hiver. Le moment est rarement propice, trop fatiguée, trop de boulot, trop d’inquiétudes, trop de ceci et de cela. Mais le moment de courir quand on l’aime, arrive toujours. Il s’invite dans la journée, il est parfois agréable, parfois pas du tout, mais il est là toujours, ce temps avec soi, ce temps à la fois dans son corps et dans le monde. J’ai appris à m’exposer à tous les éléments et à les apprécier. J’aime courir sous la pluie, dans le froid ou dans le vent. J’apprivoise plus difficilement la chaleur mais elle me fait moins peur.

 

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Nofucksgiving

J’ai appris aussi et surtout à ne pas prendre tout cela (et moi même) au sérieux. Courir est une partie énorme de ma vie mais c’est surtout un jeu. Les enfants le savent si bien. C’est terriblement amusant de sauter de rocher en rocher dans la montagne, de dévaler les pentes en faisant des bruits d’avion, de faire pipi derrière les buissons et de se vautrer dans l’herbe en fin de sortie. A bientôt 48 ans, je rentre à la maison comme quand j’en avais 5, pleine d’égratignures et de boue, de la terre dans les chaussures, totalement affamée et imprégnée de mes aventures de la journée.

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